Marcel Imsand par Jean Pascal Imsand

Marcel Imsand


Ah Barbara et la photographie… Vaste sujet… Furent elles un jour copines ?

" Ne me photographiez pas. Si vous voulez me prendre, il faut m'avoir vivante "

Peu, très peu de photographes franchirent la porte de Précy. Et encore moins purent fixer son image sur pellicule dans son intimité.

" Quand la rumeur passe je referme ma porte... "

Parmi ces très rares photographes Marcel Imsand tient une place primordiale. Entre Marcel Imsand et Barbara, au fil du temps des liens ténus se sont noués, les liens du cœur. Pour Barbara, Marcel est un ami plus qu'un photographe. Pour Marcel Imsand Barbara n'est pas qu'un sujet de photos mais une amie, une vraie. Durant plus de trente ans pas un mois ne se passera sans que l'un ne téléphone à l'autre, trente ans de confidences, de confiance et d'encouragements réciproques.

Un soir de 1965, Barbara chantait au Palais de Beaulieu à Lausanne. Barbara autorise le photographe attitré de la salle Marcel Imsand à prendre son portrait sur scène, dans les coulisses et dans sa loge. Après le spectacle ils se retrouvent à une réception mondaine. Tous deux s'y ennuient. Barbara invite le photographe à sa table le soir même pour changer d'air. Elle lui lance : " Je veux voir les photos demain ". Aussitôt le courant passe entre eux. Le lendemain elle chante à Genève. Marcel Imsand regagne Genève. Le soir ils dînent en tête à tête. Durant la nuit Marcel Imsand avait développé les photos sur papier pour les montrer à la Dame. Oui c'est ainsi que le photographe la nommait. Le cœur battant, il lui présente son travail une fois le repas achevé. " Devant ce talent là, je vous demande pardon, mais je ne peux faire que silence. Je vous remercie de vous. Barbara " écrira-t-elle au bas du premier cliché. Et sur le champ elle veut que ces portraits figurent sur le programme de son prochain spectacle à Bobino.

Rien ne prédestinait Marcel Imsand à devenir photographe. Un 15 septembre 1929 il vit le jour dans un petit village du canton de Fribourg, Pringy au pied de la colline de Gruyères. Son père travaille à l'entretien des routes, sa mère était couturière. Il fréquente l'école élémentaire de Broc. A 15 ans il quitte à vélo Broc pour rejoindre Lausanne. Il trouve un emploi de porteur de pain. En 1946 il est apprenti pâtissier à Vevey un an durant. L'année suivante il s'installe à Saint Aubin au bord du lac de Neuchâtel. Il change de métier pour devenir mécanicien de précision. Avec son premier appareil photo il découvre le sens de l'image, l'émotion de l'image. Durant 10 ans il travaillera en usine. A l'aube des années 50 il rencontre à Neuchâtel Jean Claude Tschau, photo-reporter. Grâce à cette rencontre il développe pour la première fois un cliché. Jean Claude Tschau lui inculque l'art de la photographie. Il quitte l'usine pour une usine ultra moderne, pour un meilleur salaire. Mais une meule éclate et lui altère la vue à un œil. A Neuchâtel il rencontre la femme de sa vie Mylène. Il part pour Lausanne, Mylène le rejoint en 1958. Il travaille dans une usine de moteurs camions. Ils se marient. De 1958 à 1962 trois enfants naîtront. 

1964, année charnière, année de rupture. Rupture avec l'usine. Il décide de vivre de sa passion, la photographie. 

Un soir il réussit à pénétrer dans les coulisses du théâtre de Beaulieu de Lausanne. Il prend des photos. Ses photos sont remarquées par le directeur de la salle. Ce dernier lui demande de réaliser un ouvrage commémorant les 10 ans du théâtre. Toujours sans flash, il prend en photo Rubinstein, Brel, Brassens, Liza Minelli, Maurice Béjart et les ballets du XX siècle.
Durant toutes ces années il développait les photos chez lui. A partir de 1965 il occupe un atelier en centre ville de Lausanne, 9 rue de l'Ale. Cet atelier est toujours le sien. Dans ce vieil immeuble, au deuxième étage, les murs sont tapissés de clichés, de posters, de citations. Paul VI côtoie un poster de sa fille, une photo de Barbara portant une dédicace d'elle : " Cette douceur qui me vient de toi. Tendrement. Barbara. "
Barbara se rendit souvent en ce lieu. " Un soir, un voisin a dû la "camber" pour passer (elle était assise en travers de l'escalier de l'atelier attendant Marcel Imsand). C'était un fan de Barbara, il ne l'a pas reconnue. Elle a adoré ça. "

Plusieurs journaux lui demandent des clichés. Pour le quotidien suisse 24 heures il livre des instantanés qui feront sa réputation.
" Personnages " sa première exposition se déroule à Lausanne en 1969. Il publie aussi son premier livre consacré à la ville de Lausanne aux éditions Payot. Cette même année il devient le photographe attitré du grand théâtre de Genève et le restera 10 ans. Sa notoriété croit. Durant cette décennie il expose plusieurs fois par an. Plusieurs livres seront aussi publiés. Il photographie les gens, le peuple, les écrivains, les paysages suisses. Il prend le temps de photographier, toujours sans flash avec la seule lumière du sujet et de l'air ambiant.

" J'ai publié des livres en couleurs, comme Saisons du Leman, ou Vaud : Visions de rêve. La couleur j'ai mis très longtemps à la maîtriser. J'ai fait de nombreux reportages publicitaires pour les montres. Je touche du bois : maintenant je la maîtrise bien. Par exemple, pour les photos dans les chalets, je m'arrangeais toujours pour qu'il y ait une fenêtre quelque part. Une source de lumière. Je n'ai jamais utilisé de flash. Jamais "

Chaque année un livre de photographie paraîtra, une exposition aura lieu. Les années passent, il photographie ses mêmes thèmes de prédilection. 
Au début des années 90 il devient photographe officiel du comité olympique international. Ses clichés font désormais partie des archives du mouvement olympique. 

Depuis 1966 plus de 70 livres de photographies seront publiés.

Il s'engage dans plusieurs combats : contre la pédophilie, pour les enfants exclus par la vie.

1994, année de départs, mort de sa mère, de son fils.

1997 la dame de Précy, son amie rejoint son île aux mimosas.

Et voici que fin 2001 paraît aux Éditions la Sarine à Fribourg, Le Monde en Noir & Blanc. Un livre de 356 pages, composé de 300 photos tirés des archives de Marcel Imsand, égrainant sa carrière. Le livre s'ouvre par une dédicace de Barbara : " Devant ce talent là, je ne peux faire que silence" . 

Douze chapitres fractionnent l'ouvrage, Instantanés, Enfants, Les âges de la femme, Têtes d'hommes, Danseurs au repos, Matières & géométrie, Bestiaire, Paysage, Les derniers paysans, Grandes figures amies, Fêtes, L'autre monde et Textes. Au chapitre Grandes figures amies trois photos de Barbara s'offrent à nous. 

Le Monde en Noir & Blanc de Marcel Imsand, Editions de la Sarine, 2001

Vous pouvez vous procurer le livre à l'adresse suivante :

Editons de la Sarine à Fribourg

Instantanés

Enfants

Les âges de la femme

Têtes d'hommes

Danseurs au repos

Matières et géométrie

Bestiaire Paysages Les derniers paysans Grandes figures amies Fêtes L'autre monde


" C'est Bertil Galland qui a choisi les photos dans mes archives. Et c'est Emmanuelle Ayrton qui a réalisé la mise en page. L'équipe d'imprimeurs a fait un travail magnifique : il est plus difficile de sortir du noir-blanc que de la couleur. Dans le fond, pour ce livre je n'ai rien fait. Si ce n'est que j'ai tiré les photos... "

Les photos de Marcel Imsand jalonnent la carrière et la vie de Barbara, aussi un peu  nôtre vie. 

En 1966 pour le programme de Bobino Marcel Imsand signe la photo de couverture. Cette même photo se retrouve pour illustrer le livre de Jacques Tournier : Barbara ou les parenthèses puis la deuxième couverture du 33 tours de Bobino et sur le CD n° 5 de l'intégrale de 1992

1967, Barbara retrouve Göttingen accompagnée entres autres de Marcel Imsand. Des photos prises alors se trouvent dans le livre de Jacques Tournier : Barbara ou les parenthèses.

Au dos du 33 tours de 1969, Une soirée avec Barbara, se trouve un cliché de Marcel Imsand. 

Il réalise une série de photos lors de Lily passion au Zénith de Paris en 1986. Certains de ces clichés illustrent le livre Barbara de Marie Chaix. 

Alors que Barbara s'amusait à Précy à se couvrir la tête de foulards sur le tête. Marcel Imsand saisit son appareil. Résultat : une photo. Cette photo illustre le CD n°2 Master série de 1991.

Une autre photo de Marcel Imsand, prise à Genève ne 1971, illustre le coffret de trois 33 tours sorti en 1986 et la couverture du CD n° 6 de l'intégrale de 1992. Pour le spectacle de Mogador en 1990, un cliché de Marcel Imsand pris à Lausanne en 1965, se retrouve sur les affiches du spectacle et des tournées, sur les disques enregistrés CD et 45 tours. Le programme du spectacle contient des photos signés Imsand prises à Précy. L'affiche des spectacles du Châtelet 1993 de la tournée de 1994 reprend l'affiche de Mogador, cette fois en couleur.

Plusieurs autres clichés ont été choisis par Barbara pour illustrer les livrets des CD n° 5, 6, 7, 9, 10, 12 et 13 de l'intégrale de 1992.

Cet homme modeste et de grand talent a toujours su capter l'émotion, l'émotion d'un regard, l'émotion d'un paysage, d'un métier...

Marcel Imsand

" Ce qui m'a frappé quand je l'ai vue, 
c'est la beauté...
  "

" Quand tu fais une photo d'une femme 
qui devient de plus en plus belle, 
tu ne peux que devenir son ami...
"

" La beauté c'est pas le photographe,
c'est la personne qu'il y a dessus...
"

" Quand on fait un travail,
il y a toujours une histoire d'amour,

de complicité,

je préfère dire d'amitié, de confiance...
"

Marcel Imsand

Barbara et Marcel Imsand à Précy" On sent qu'à Précy il y a les saisons, qu'il se passe quelque chose, que les artistes ont atteint des sommets de sensibilité par rapport à la nature... "

" Il y a une dizaine d'années, j'ai passé une semaine chez elle, à Précy. C'est la seule fois où j'y suis allé. Je me revois, moi en bas, elle jouant du piano en haut, quelle récompense... "

" Moi, j'ai mes souvenirs. Ces instants merveilleux passés chez elle, quand elle se mettait au piano, et que j'avais l'impression que c'était pour moi seul. Ces images que j'ai faites depuis les coulisse, et qui ont donné le départ de notre amitié. Quand on a le privilège d'être le photographe d'un artiste, il faut avoir pour lui infiniment de respect, et savoir attendre le moment où l'image est possible... "

" Quand nous étions seuls tous les deux, je lui disais : "Regarde moi", et il se créait entre nous une relation amoureuse, un charme... "

" Quand on fait le portrait d'une femme et qu'elle l'a aimé, on devient son ami. Barbara, je crois que j'ai révélé sa beauté. Pendant des années nous avons été des amis qui créaient quelque chose ensemble... "

" Moi j'attends que le gens viennent vers moi. J'avais avec elle, dans sa loge, le même respect que j'adopte avec le paysan qui trait; je ne parle pas j'attends qu'il ait fini... "

" J'arrivais, j'observais, parfois elle me disait "Salut Marcel" après une heure. Elle pouvait me téléphoner tous les jours pendant une semaine puis plus du tout pendant des mois, cela faisait partie de notre respect mutuel. Entre nous, dès le départ, il y avait la dimension de la discrétion. Je me sentais tout petit. C'est pour ça j'ai pu prendre ces photos... "

Gare de Lausanne, 2 heures du matin par Marcel Imsand

Gare de Lausanne, 2 heures du matin par Marcel Imsand

" Elle rentrait en France après un concert, elle s'est arrêtée à Lausanne, a passé par l'atelier et je l'ai accompagnée au train de minuit. Nous étions seuls, à 2 heures du matin... "

" Aujourd'hui je préfère penser à elle dans le silence... "

" Le destin de mes photos ? Elles iront sans doute chez des gens qui aiment Barbara, et qui donc en prendront soin et sauront les aimer, alors... Elles furent des cadeaux pour Barbara, elles donneront du plaisir à des personnes qui l'ont aimée. Pourquoi pas... "


Merci Monsieur Imsand de votre art, merci pour tant de beautés

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