blason de la ville de Göttingen

Göttingen

En novembre 1963, une jeune étudiante à Sciences Po Paris originaire de la République Fédérale d’Allemagne découvre Barbara sur la petite scène de L’Ecluse. Sibylle Penkert l'étudiante et Barbara échangent. L’étudiante parle de son université, de sa ville.

De retour à son université Sibylle Penkert (1935-2023) raconte au directeur d’un petit théâtre de Göttingen son séjour à Paris et sa découverte d’une chanteuse dans un petit cabaret de la rive gauche.

Le directeur du Junges Theater prend le train au début de 1964 destination Paris dans l’espoir de rencontrer Barbara. A L’Ecluse il fait part à la jeune chanteuse de son projet. Il voudrait qu’elle vienne chanter dans son théâtre. Il parle avec ferveur de son théâtre de sa ville de l’université. La réputation de l'université dynamique de Göttingen dépasse les frontières de Basse Saxe. De nombreux étudiants souhaiteraient entendre Barbara sur la scène de leur théâtre.

Dès son premier spectacle le 4 novembre 1957, ce modeste théâtre de cent places fréquenté principalement par les étudiants propose des pièces de théâtre, des comédies musicales, des soirées chansons.
Hans Günther Klein (1931-1982) dit Scheff ouvrit cette salle dans les locaux d’une ancienne imprimerie. Au décès de l'imprimeur Ernst Große (1901-1955), sa veuve vivant au premier étage du bâtiement loue les murs au jeune théâtre. Sous la salle de spectacle se trouve la cave du Théâtre accessible depuis les vestiaires par un escalier en colimaçon. Cette salle sert de foyer et de bar à bières. En 1976 le junges theater déménage. S’installera alors en ce lieu l'actuel Cinéma Lumière.

De prime abord, Barbara écoute le jeune directeur de théâtre et décline sa proposition. Les cicatrices de la guerre ne s'effacent pas. Mais Hans Günther Klein insiste.

Le lendemain, elle accepte brusquement sans trop savoir pourquoi. Elle demande un piano noir demi-queue dans le contrat signé en avril. Rendez vous fut pris pour le mois de juillet suivant pour trois soirs.

Comme convenu, le 4 juillet 1964 Barbara arrive à Göttingen en peu à reculons (Barbara dira un peu "grin grin") furieuse contre elle d'avoir accepté ce contrat. Après un vol d'Orly jusqu'à Hanovre-Langenhagen, le trajet se poursuit en chemin de fer. Scheff l'accueille sur le quai de la gare en fin d'après midi. Rapidement tous deux visitent la ville puis se rendent au Junges Theater au 19 Giesmarlandstrasse pour la première représentation. Sur scène trône un magnifique piano en bois marron orné de deux superbes candélabres mais DROIT. Catastrophe. Catégoriquement Barbara refuse de chanter avec un tel piano, pourtant Gunther avait promis... Le directeur de la salle en urgence invente une grève des déménageurs ayant empêché de déplacer le piano espéré. En réalité, la direction du théâtre réserva bien un bien un piano noir comme demandé mais la compagnie de transport oublia de livrer le piano. Dans ces conditions il devient donc impossible de changer d'instrument. Le spectacle s'en trouve compromis. Barbara tient tête. Dix jeunes étudiants se chargent d'essayer de dénicher un piano conforme au désir de Barbara. Ils reviennent triomphants. La propiétaire des lieux madame Hanna Große née Knoch (1904-1994) accepte de prêter son Steinway demi-queue. Dix jeunes gaillards dévissent les pieds du piano pour le transporter jusque sur la scène du théâtre à l'étage inférieur. En attendant l'installation du piano sur la scène, une partie du public se retrouve au sous sol du théâtre avec Barbara dans une ambiance bohème et légère.

Ce déménagement impromptu entraîne un retard du spectacle initialement prévu à 20 h 15. Finalement à plus de 23 heures le demi-queue noir trône enfin sur la scène. Barbara peut maintenant chanter mais une brève séance de répétition au préalable. Ce samedi soir 4 juillet le jeune public lui réserve un accueil chaleureux, enthousiaste.

Le 6 juillet de 18 h à 18 h 45, la radio NDR/FM (Norddeutscher Rundfunk) reçoit Barbara dans l'émission Umschau am abend.

Dans son édition du 6 juillet, le journal local Göttingen Tageblatt relate le premier concert de Barbara au Junges Teater. Le journaliste retient cette phrase de la chanteuse : Je chante depuis toujours, J'adore chanter, c'est tout."

Chaque soir, le Junges Theater propose deux tours de chant : le premier à 20 h 15 le second à 22 heures. Scheff prolonge le contrat de Barbara une semaine. Dans la chaleur de l'après midi estivale, avant l'avant dernier récital, Barbara s'installe dans le petit jardin jouxtant le théâtre. Dans ce cadre paisible, ombragé, les mots s'agitent en elle. Elle écrit et compose L'odeur des roses une chanson relatant sa découverte de l'Allemagne.

"Bien sûr il n'y a pas la Seine
C'est loin du pont de Suresnes
Ce n'est pas le bois de Vincennes
Mais c'est bien joli tout de même
A Göttingen..."

Le soir même, aidée de son brouillon, elle propose au public le texte sur une mélodie inachevée. Sur scène elle chante : Chapeau bas, Le bel âge, Dis quand reviendras-tu ?, J'entends sonner les clairons, Le temps du lilas, Paris 15 aout, Nantes, Tu ne te souviendras pas, D'elle à lui, Les amis de Monsieur, La marche nuptiale, Gare de Lyon, Veuve de guerre, Pierre, Je ne sais pas dire, Il nous faut regarder et L'odeur des roses.

Hans Günther Klein et Barbara s'accordent sur un retour de Barbara à Göttingen courant décembre 1964. Ce retour ne se concrétisera pas.

Dès son retour à Rémusat, Barbara achève le texte et la musique de la chanson ébauchés en Allemagne. L'odeur des roses devient Göttingen. Claude Dejacques insiste pour que ce titre figure sur le disque à venir. En juillet 1965 elle enregistre au studio Blanqui la chanson pour le 33 tours Barbara N°2 de 1965. Le 15 octobre 1965, la SACEM enregistre le dépôt du texte et de la musique.

"Mais les contes de notre enfance; Il était une fois commencent à Göttingen..." Au cours de la visite de la ville de Göttingen, Hans Günther Klein lui raconta le séjour dans la ville de Jacob (1785-1863) et Wilhem Grimm (1786-1859) auteurs de Blanche Neige, Cendrillon, Hansel et Gretel, Le petit chaperon rouge, La belle au bois dormant....

Début mai 1967 Barbara enregistre à Hambourg en langue allemande dix chansons de son répertoire. Walter Brandin (1920-1995) effectue la traduction des textes. Barbara singt Barbara. Philips commercialisera le 33 tours en juin 1967.

StadthalleLe 4 octobre 1967, Barbara revient à Göttingen pour un unique concert. L'après midi avant le spectacle elle répète dans la salle du Junges Theater et retrouve le piano droit.
La Stadthalle, le tout nouveau théâtre de la ville d'une capacité de mille cinq cents places accueille Barbara. La petite salle du Junges Teater s'avérait trop exigüe. France Inter diffuse en direct sur ses ondes une partie du concert dans le cadre de l'émission Les 400 coups.
Pour la première et unique fois elle interprète Göttingen en allemand en public. Dieter Blank un des étudiants ayant participé au déménagement du piano trois ans plus tôt traduit les mots de Barbara entre les chansons. La veille, Barbara retrouvait le Junges Theater pour une conférence de presse dans la salle du sous sol. Elle rencontre aussi madame Große qui prêta gracieusement son piano en 1964. Claude Chebel pour France Inter suit ce retour de Barbara à Göttingen.
Cette fois Barbara a un piano mais sa voix n'est pas au rendrez-vous. Barbara souffre d'un rhume.
Entre deux quintes de toux elle entame A mourir pour pour mourir puis s'arrête. Elle dit au public : "Ce n'est pas du tout un numéro préparé. J'ai tout retouvé à Göttingen en revenant, mais j'ai perdu ma voix". Elle reprend la chanson puis stoppe : "
Décidément Göttingen sera une ville de souvenirs pour moi. Pour vous aussi peut-être ! Ce soir j’ai un piano mais je ne peux pas chanter, l’autre jour je n’avais pas de piano, je pouvais chanter." Mais elle n’arrive pas à reprendre la chanson. Alors elle décide de choisir un titre moins rapide. Elle enchaîne avec Si la photo est bonne.
Grâce aux bons soins d'un médecin présent dans la salle, elle assure son récital. Elle s'accompagne au piano avec Michel Gaudry à la contrebasse et Joss Baselli à l'accordéon. Marcel Imsand réalise plusieurs photos de Barbara dans les rues de Göttingen (devant la Junkernschänke, dans Cheltenham Park, en répétition). En fin de spectacle, le public lui offre des brassées de roses rouges. Barbara reçoit une ovation du public de plusieurs minutes.

Junkernschänke, Göttingen

Au fil de ses spectacles Göttingen demeurera toujours à son répertoire.

Le 24 avril 1988 Barbara reçoit la croix fédérale de l'ordre du mérite de première classe (officier) de la République Fédérale Allemande.

La municipalité de Göttingen lui attribue la médaille d'honneur de la ville.

Dans la compilation de deux disques Femme piano parue en novembre 1997 Barbara effectue le choix des titres. Göttingen en allemand et en français figurent dans parmi les titres retenus.

Le 22 novembre 2002 conjointement l'association culturelle franco allemande de Göttingen, la municipalité de la ville, le cinéma Le Lumière et l'association Perlimpinpin-Barbara dévoilaient une plaque sur la façade de briques de l'ex Junges Theater (plaque rappelant que Barbara composa Göttingen en ce lieu). Au sud de Göttingen existe une Barbarastrasse.

Cinéma Lumiere Göttingen
Barbarastrasse à Göttingen

Dans le jardin où près de quarante ans plus tôt Barbara ébaucha le texte de Göttingen, le 9 juin 2007 un rosier Hommage à Barbara prenait racine.

Plantation Rose Hommage à Barbara à Göttingen

Sur la scène du Cinéma Lumière contre le mur, côté jardin, trône le vénérable piano droit orné de ses candélabres...

Piano droit au Cinéma Lumière

"Avec Göttingen, Chevaux d'écume ou Soleil noir, j'ai fait de la chanson engagée. Engagée d'amour. Mais je ne suis jamais descendue dans la rue avec une chanson."
Barbara pour Télérama du 25 février 1981

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