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Claude Dejacques (1928-1998) |
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Claude Henri Bergerat naît en 1928 à Paris. Un an plus tôt, ses parents Marcel Bergerat d’origine suisse architecte et Denise (1898-2000) commerçante parisienne se marièrent. Son père meurt à l’âge de 37 ans en 1935. Sa mère se retrouve seule avec sa mère et deux enfants âgés de 7 et 8 ans. Au cours de son éducation dans un milieu aisé il étudie durant cinq ans le piano et obtient un brevet d’équitation. Le jeune Claude s'enrôle dans l'armée française pour cinq ans passant trois ans au Japon et deux en Indochine alors en guerre. Le jeune soldat intègre l’unité d’élite des parachutistes. Dans le nord du Vietnam sur la route coloniale 4 entre Dong Che et That Khe plusieurs éléments du troisième bataillon colonial de commandos parachutistes dont il appartient deviennent prisonniers de vietnamiens en octobre 1950. Durant plusieurs mois, les troupes vietnamiennes le retiennent dans ses geôles. Les éditions Julliard éditent en 1953 : Quinze mois prisonnier chez les viets. Le jeune parachutiste de l’armée française revient sur ses semaines de détention signant le livre sous le nom de Claude Goeldhieux. Une fois libéré, il démissionne de l’armée. De retour à la vie civile à Paris il enchaîne de nombreux petits boulots (livreur, magasinier, clown, disquaire.…) avec pour bagage deux brevets un d’équitation et un de parachutisme. Durant quelques mois, il devient clown en duo avec Dominique Mauclair (1924-2017). Pour son premier travail dans l'édition discographique, il effectue le contrôle du bon pressage des vinyles dans une usine rue René Boulanger près du Théâtre de la Renaissance... Mais l’entreprise rencontre des difficultés financières. S’ensuit une série de boulots souvent en lien avec le monde du disque. A la suite de la faillite de la dernière entreprise l’employant, en novembre 1957, il répond à une petite annonce : "Philips recherche un agent de planning pour ses bureaux rue Jenner". Il intègre alors la maison Philips rue Jenner. En fin d’année, Philips organise sa fête de fin d’année à la mairie du 13 ième arrondissement. Au cours de la soirée il rencontre Boris Vian. En octobre 1958, sa route croise à nouveau celle de Boris Vian chez Philips. Alors directeur artistique chez Fontana l’écrivain recherche des matrices de disques de jazz dans les archives de la rue Jenner. Tous deux se racontent leurs vies, leurs souhaits, leurs aspirations. Boris Vian lui suggère d’écrire à Denis Bourgeois à la tête du service artistique de Philips. La mort soudaine de Boris Vian le pousse à postuler à la direction artistique. Au même moment, il remporte un concours artistique interne. Il rafle les prix de littérature, photo, peinture et sculpture. Georges Meyerstein le directeur de Philips répond favorablement à sa demande. Il intègre alors ses nouveaux bureaux au 53 avenue Franklin Roosvelt en février 1960. Pour éviter les confusions avec son collègue et voisin de bureau Jean-Marie Bergeret, il décide d’emprunter le nom de sa mère Dejacques. Commencent ses activités, d’audition de chanteurs, écoute de disques, séances d’enregistrements en studio. Il apprend le métier sous la houlette de Jacques Canetti, Denis Bourgeois, Jacques Plait. En 1963 Claude Dejacques devient directeur artistique en titre chez Philips. Il commence par travailler avec Serge Gainsbourg, Brigitte Bardot entre autres. Il obtient de Philps de faire figurer sur la pochette de disque le nom du directeur artistique. Durant douze ans (1957 à 1969) Claude Dejacques va déployer ses talents chez Philips pour faire connaître des artistes, pour imposer des inconnus. Il les aide à enregistrer en les écoutant, en cherchant à les comprendre. Il sait être présent sans être pressant et pesant. Ses soirées se passent dans les cabarets de la capitale à l’écoute à l’affût de talents en devenir. De 1969 à 1972, poussé dehors par Philips il travaille pour Festival. Pendant quatorze années (1972 à 1986) le groupe Pathé Marconi EMI s'attachera son savoir faire. En juillet 1986 la holding le poussera vers la sortie. Au cours de ces années il nouera des liens solides avec Yves Duteil. Il relance la carrière de Jacques Higelin. Libéré du monde du disque, il devient reporter libre et conférencier accompagnateur de tourisme. Mais la maladie a raison de ses efforts. Il meurt en mars 1998. En plus de la photographie de la sculpture et de la peinture, Claude Dejacques écrit plusieurs livres :
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Quinze mois prisonnier chez les viets en 1953 aux éditions Juillard
Pour Philips sous la houlette de Jacques Canetti, puis de Georges Meyerstein et de Louis Hazan il va contribuer à l'éclosion de dizaines de talents de la chanson francophone. Claude Dejacques écouta, soutint, encouragea entre autres : Richard Antony, Jean Arnulf, Barbara, Brigitte Bardot, Guy Béart, Gilbert Bécaud, Boris Bergman, Marie Bizet, Frida Boccara, Eve Brenner, Jean-Claude Brialy, Michel Buhler, Jean-Michel Caradec, Georges Chelon, Pétula Clark, Hervé Cristiani, Nicole Crosille, Yvan Dautin, Jacques Debronckart, Romain Didier, Dominique Dimey, Gilles Dreu, Yves Duteil, Giani Esposito, Eva, Les Frères Jacques, Serge Gainsbourg, France Gall, Juliette Gréco, Jacques Higelin, Idir, Zizi Jeanmaire, Marie Laforêt, Valérie Lagrange, Simone Langlois, Boby Lapointe, Catherine Lara, Félix Leclerc, Maxime Le Forestier, Michel Legrand, Francis Lemarque, Gérard Lemorman, Los Inca, Eddy Louiss, Mélina Mercouri, Yves Montand, Jeanne Moreau, Dario Moréno, Marcel Mouloudji, Nana Mouskouri, Jean-Louis Murat, Nicoletta, Claude Nougaro, Herbert Pagani, Jean-Claude Pascal, Nicolas Peyrac, François Rabbath, Serge Reggiani, Catherine Ribeiro, Ricet Barrier, Sapho, Catherine Sauvage, Yves Simon, Anne Sylvestre, Gilles Vignault, Marie Josée Vilar.... En
1998, son ami Yves Duteil composera et écrira Un ami est parti.
Écoutez les mots d’Yves Duteil évoquant avec émotion Claude
Dejacques. Vous saurez ce "passeur d'âmes" Un soir d'automne de 1963 à l'Ecluse il rencontre Barbara après son tour de chant. Il vaudrait tant travailler avec Barbara. Mais elle est sous contrat chez CBS. A force de ténacité, tous deux obtiennent la caducité du contrat CBS. En janvier 1964, la femme qui chante chante signe chez Philips. Ensuite débute l'enregistrement de son premier disque pour Philips au studio Saussier Leroy par l’enregistrement de Nantes. A peine la dernière notes de l’archet de François Rabbath s’élève un silence d’émotions emplit le studio. Claude Dejacques demeurera dans l'ombre. Par sa présence bienveillante, ses conseils, ses mots, tout en respectant l'originalité, la singularité de la chanteuse et la femme, Barbara va perdre une certaine façon de chanter propre au cabaret et prendre son envol vers un public plus large. Il écoute Barbara, se contente de trier ce qu'il reçoit et perçoit d'elle. L'année suivante tous deux reprennent le chemin du studio Blanqui pour enregistrer un second disque.
Ainsi il réaliseront ensemble cinq albums 33 tours [1964], [1965], [1967], [1968] et [1969] plus trois disques 45 tours. Au fil des albums l'ambiance musicale évolue. Leur
travail en commun cessera lorsqu'il quittera Philips pour Festival en
1969.
Au fil des albums l'ambiance musicale évolue. Leur travail en commun cessera lorsque Claude Dejacques quittera Philips pour Festival en 1969. Au dos des 33 tours et 45 tours qu'il réalisera pour Barbara toujours il ajoutera quelques mots à son attention. |
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33 tours 1964 |
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33 tours 1967 Barbara
nous offre dans le présent recueil deux chansons inédites : Marie
Chenevance et la Dame brune, et la reprise en studio des nouvelles
chansons de son dernier tour de chant 1967. |
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33 tours 1968 A la fin de l'automne, |
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33 tours Olympia 1969 Le nom de Barbara brille au fronton de l'Olympia. |
Claude Dejacques parlant de Barbara écrit dans Piégée la chanson...? : "Je ne sais pas. Je n’ai jamais su. Je n’ai toujours pas envie de savoir quelle est l’identité de la personne qui s’exprime à travers Barbara, d’où elle vient et comment se sont articulés les moments de sa vie. Mais ce qu’elle a fait, ce qu’elle a créé, ce qu’elle a interprété et comment elle s’est servie des des différentes facettes de son talent, comment s’est établi l’équilibre entre ses mains parcourant le clavier du piano, ce souffle et cette voix, le positionnement particulier des mots, des syllabes aspirées, retenues ou alors là, je n’ai rien manqué... Dame à la rose, égratignée par ses propres épines, elle était. Elle savait vous sécher la gorge et vous mailler les yeux en une seule syllabe, juste retenue entre la gorge et le lèvres où le secret battement du cœur importait plus que la note parfaitement juste. Elle savait déjà faire rire. Elle savait déjà plaisanter à la limite du désespoir ou de la passion qui la traversaient... Je crois avoir ressenti ce qu’il fallait lui dire au féminin, et surtout ne pas lui dire, pour que le courant passe à travers le micro directement avec le public. Barbara vivait perpétuellement en scène, noyant la vie ordinaire, ses rapports avec les autres dans une approche scénique rituelle dont l’apogée était atteint une heure avant d’entrer en scène ou à l’arrivée au studio d’enregistrement..." Le 20 mai 1966, la télévision française diffuse l'émission Central variétés. Claude Dagues (1923-2006) propose une interview de Claude Dejacques parlant de Barbara : "Barbara c’est un cas très très particulier. En fait, je fais une petite digression, c’est que dans le métier de la chanson, comme dans pas mal de métiers, on essaie d’abord d’avoir le droit de s’exprimer, et puis ensuite une fois qu’on acquis ce droit il faut qu’on puisse avoir le droit de transmettre. Et c’est un peu ça qu’on appelle sous un nom, une dénomination un peu large La générosité d’expression. C’est à dire un artiste qui a eu jusqu’à présent un certain mal à devoir s’exprimer est obligé de faire un travail d’expression très difficile pour devenir généreux dans son expression. Et c’est ce qui s’est passé avec Barbara. C’est à dire qu’à partir d’un moment les gens n’entendent plus mais écoutent. Ça devient leur chanson, y a une participation et c’est ce phénomène là qui a fait que Barbara subitement est devenue très populaire..."
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"Grand directeur artistique, Claude Dejacques m’a beaucoup aidée pour ce premier disque d’auteur-compositeur. Il a tout de suite compris que je travaillais « hors normes », contre toute règle. Il avait la tendresse, l’humour, l’écoute, la bonne distance ; et les idées. C’était un vrai dénicheur de talents, il savait être le mur contre lequel l’artiste projette comme des balles son foisonnement d’idées et ses angoisses. Avec Claude Dejacques, je découvre le travail exaltant du studio, le travail de jongleur du preneur de sons." |
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Barbara 1997 in Il était un piano noir... Mémoires interrompus |