Suisse
1965 à 1994
Vingt neuf ans de tournées en Suisse

 

 


 


Février 1965
Genève

Décembre 1965
Genève

Novembre 1966
Bienne
Yverdon les bains
Neuchâtel
Berne
Fribourg
Lausanne
Genève
La chaux de fonds

Février 1968

  Octobre 1968
Zurich
Saint Maurice
Neuchâtel
Berne
Le Locle
Genève
Lausanne


  Mai 1969
Fribourg
Montreux

Janvier 1971
Lausanne

Mars 1971
Genève


Mai 1972
Genève

Mars 1973
Genève
Lausanne
Berne
Neuchâtel

Avril 1974
Genève


Janvier 1975

Saint Imier

Février 1977
Le Locle


Mars 1977

Sion
Zurich
Neuchâtel
Genève


Février 1980



Février 1982


Octobre 1987
Genève

Novembre 1990
Genève

Décembre 1991
Morges


Février 1994
Montreux



Février 1965

Non loin du lac, venant de la rive coupant la rue du Rhône commence la rue du Prince en souvenir du Prince de Saxe Gotha qui y installa ses écuries.

Un grand immeuble de style classique s’élève sur quatre étages au 3 et 5 de la rue du Prince. En 1901, l’architecte Jacques Tedeschi dresse les plans de cet immeuble comprenant des logements et des commerces le long de la rue. Depuis la rue Robert Estienne un porche donne accès à la cour intérieure.

La société Migros ouvre en octobre 1949 son École pour adultes dans les étages supérieurs. Migros installe aussi un bureau de location de places de spectacles , un restaurant, une galerie d’art : Galerie Club entourant l’École club.

Au rez de chaussée du 3 rue du Prince, le service culturel de la coopérative Migros crée une nouvelle salle de spectacle dans le cadre du 1 % culturel. Le danseur chorégraphe Ulysse Bolle (1924-2001) dirige le Théâtre Club qu’il veut théâtre expérimental. Pour la soirée inaugurale le Théâtre Club invite la presse le 11 mars 1963. Dans un premier temps, les soirées se dérouleront le samedi soir.

Petit à petit, un public de plus en plus nombreux afflue rue du Prince découvrant des créations originales. Pour la nouvelle saison 1963-1964 débutent des travaux avec l’installation d’équipements lumineux modernes et de nouveaux sièges. La salle peut recevoir jusqu’à 96 spectateurs. Malgré une scène modeste de 4 mètres sur 4 le Théâtre Club recevra des chanteurs, comédiens. La salle projette aussi des films.

Le Théâtre Club invitera de jeunes chanteurs et comédiens : Bernard Haller, Anne Sylvestre, Serge Gainsbourg, Michel Bühler, Ricet Barrier, Marc Ogeret, Colette Jean, Paco Ibanez, Higelin, Claude Vinci, Barbara.

Mais en avril 1970, la commission de sécurité communal présente un rapport soulignant le manque de sécurité des lieux pour le public. Depuis 1963, la Théâtre Club créa 22 pièces et accueillit plus de 10 000 spectateurs. Au cours de l’année 1974 la salle ferme au public. La compagnie Théâtre Club poursuit sa carrière de création de pièces en les montant sur d’autres scènes genevoises.

L’École Club Migros déménage pour des locaux plus modernes en 2018.

D’importants travaux réaménagent le bâtiment pour le transformer en hôtel. S’ouvrera en 2023 un hôtel 4 étoiles avec 104 chambres, un bar et un restaurant, l’Hôtel Marmont.


Genève,  février 1965

La Tribune de Genève dans son édition du 8 février annonce les prochains spectacles de Barbara au Théâtre Club de la rue du Prince.

Annoince février 1965

Après une année 1964 riche de spectacles Bobino, Théâtre de l’Est Parisien, l’année 1965 commence pour plusieurs représentations à Pacra, Barbara accompagnée par Joss Baselli et Pierre Nicolas entame une première tournée.

Six soirs consécutifs de la troisième semaine de février 1965 à 21 h, les 16, 17, 18, 19, 20 et 21, le public genevois découvrira Barbara sur scène.

Au soir du 16 février, devant une salle pleine à craquer Barbara chante. La presse genevoise assiste à cette première pour le lendemain relater la soirée.

Barbara propose au public une vingtaine de chansons de son répertoire principalement issus du 33 tours enregistré en 1964. Elle interprète aussi des titres non encore enregistrés en studio dont Göttingen, Toi l’homme.

Le Courrier de Genève du 17 février titre : Barbara une ensorceleuse.
" Mais qui donc est Barbara? Cette étonnante chanteuse a-t-elle les yeux noirs ou clairs ? Je ne saurais vous dire. Est-elle laide ou ravissante ?..
C'est une grande fille brune, drapée dans une robe longue et qui, d'emblée, regarde le public . comme le serpent fascine sa proie...
Et le public est suspendu à ses lèvres ; un silence absolu s'est fait dans la salle. Il peut y avoir un charme infini dans les intonations de cette ensorceleuse….
Et, parfois, i| vous prenait envie de l'écouter yeux fermés, afin de mieux capter toute la poésie de sa voix et de ne plus prendre, en plein cœur, les éclats de son sourire et de son regard qui vous transperce..."

La Tribune de Genève du 17 février titre : Barbara une chanteuse qui vous hante.
" Jamais on n’avait chanté l’amour, comme l’a fait Barbara. Jamais l’homme et la femme, dans leur désespoir comme dans leur joie, n’ont été confrontés avec une telle intensité, une telle passion, une telle sincérité…
Jamais surtout public genevois n’avait été aussi subjugué par une vingtaine de chansons, lancées comme un défit ou une confidence, sur la petite scène du Théâtre-Club. Barbara, c’est la féminité dans ce qu’elle a de plus sensuel et de plus innocent...
C’est une caresse qui passe dans un sourire. C’est un clin d’œil qui fait battre le cœur un peu plus vite, c’est un étrange mouvement de la tête qui entraîne tout le corps, tandis que les mains, indifférentes à ce qui se passe, courent, agiles et mélodieuses, sur un clavier…
Barbara c’est la vie dans toute sa plénitude, dans ce qu’elle a de merveilleux, que ce soit un merveilleux noir ou rose..."


Décembre 1965

Jusqu’à la fin des années 60, à l’angle de la rue Rhône et boulevard Helvétique se dressait le Théâtre de la Réformation.

La pose de la première pierre se déroule le 27 mai 1864 (jour du tricentenaire de la mort de Calvin). Jean Louis Brochier dressa les plans de ce grand bâtiment construit en 1866 et 1867 suivit de l’inauguration le 25 septembre 1867. La construction de la salle répondait initialement à l’exposition et la défense des vérités évangéliques. Le lieu prend alors le nom de Salle Calvinium. Dès 1871, l’immeuble abrite la bibliothèque calvinienne. Des conférences liées à la religion, la philosophie et l’art musical reçoivent le public.

Salle de la Réformation ou Calvinium

La grande salle d’une capacité de 2 000 sièges accueillit de 1920 à 1929 les assemblées générales de la Société des Nations. Se tint dans le local la toute première réunion de la Société des Nations le 15 novembre 1920. Après la seconde guerre mondiale, la salle s’ouvre au concerts de musique et variétés. Passèrent en ce lieu Gene Vincent 1967, Dissy Gillespie 1966, Johnny Hallyday 1960, 1962, 1963, Gilbert Bécaud 1956…. La grande salle possède une acoustique remarquable malgré le grand volume vide au dessus du parterre. Elle comprend un parterre et deux étages de tribunes sur les côtés et face à la scène en fond de salle.

Jouxtant le bâtiment, se dressait l’Hôtel Victoria. Souvent artistes et conférenciers y passaient la nuit.

Après la vente de l’immeuble en 1969 et sa démolition, se dressa un grand quadrilatère de béton sur huit étages abritant des bureaux, des commerces dont le consulat d’Afrique du sud.


Genève, décembre 1965

En cette fin 1965, le public genevois, six soirs consécutifs, découvrait Barbara sur scène pour la seconde fois apès un premier passage en février 1965 au Théâtre-Club tout proche.

Pour un passage unique en Suisse, le Théâtre de Réformation le 3 décembre 1965 à 20 h 30 reçoit les spectacles de Serge Reggiani en première partie puis de Barbara. Joss Baselli à l’accordéon et Pierre Nicolas à la contrebasse les accompagnent

A la suite de la sortie de son dernier disque et de son passage à Bobino elle présente au public genevois ses derniers titres enregistrés. Serge Reggiani chante Boris Vian et dit des poèmes dont le Dormeur du val.

Dans sa loge au théâtre de la Réformation, Barbara reçoit la journaliste Catherine Charbon. Leurs routes se croisèrent quelques années plus tôt à Bruxelles. Barbara accorde une interview à Catherine Charbon devant les caméras de la TSR. La chaîne de télé suisse proposera cette rencontre dans l'émission Madame TV diffusée le 25 décembre 1965.

Dans son édition du 4 décembre, le journal de Genève consacre un article au concert de la veille. "Göttingen, La petite cantate, Pierre, Nantes, toutes ces chansons qu’elle nous a offertes hier soir, comme on jette des fleurs coupées, des fleurs des amours mortes, comme on jette une rose qui vous a blessé. Dis quand reviendras-tu ?…." , "Reggiani et Barbara ont reçu un triomphe du public genevois".

Tous deux reviendront l’année suivante en Suisse pour une tournée dont un passage à Genève.


Novembre 1966

Après la tournée d’été, à l’automne 1966, pour la première fois Barbara entame une tournée en Suisse hors de Genève.

Durant près de dix jours de novembre, la tournée passera par les cantons de Berne, Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Genève.

Le tourneur de Jacques Brel, Georges Olivier (1937-2023) et Barbara coproduisent la tournée.

Accompagnée par Joss Baselli et Michel Gaudry, Barbara quitte la rue Rémusat pour la Suisse. Michel Gaudry à partir du mois de novembre remplace Pierre Nicolas. Pierre Nicolas redevient l’accompagnateur exclusif de Georges Brassens. Les annonces des spectacles dans les journaux locaux précédant les spectacles mentionnent pourtant Pierre Nicolas parmi les deux musiciens.

Pour cette tournée Barbara propose un tour de chant en deux parties comportant au total entre vingt sept et trente cinq chansons. La première partie du récital comprend principalement les chansons des autres et la seconde des titres de sa composition.

Si l’on se réfère aux articles de presse relatant cette tournée, les titres interprétés pourraient être :

Première partie :
- Chapeau bas
- Veuve de guerre
- La chanson de Margaret
- La marche Nuptiale
- D’elle à lui
- Marie Chevevance
- Dis quand reviendras-tu ?
- La complainte des filles de joie
- Au cœur de la nuit
- Septembre
- Y’aura du monde
- Les amis de Monsieur

Seconde partie :
- Toi
- Madame
- Une petite cantate
- Parce que
- La solitude
- A mourir pour mourir
- Au bois de saint Amand
- A chaque fois
- Göttingen
- Si la photo est bonne
- Nantes
- Le verger en Lorraine
- Pierre
- Gare de Lyon
- Le mal de vivre

Elle interprète six titres non encore enregistrés. Ces titres figureront dans le 33 tours paru et enregistré en 1967. En novembre 1966, elle enregistra au studio Philips de Hambourg puis dans celui de Bruxelles diverses versions des titres inédits. Elle chante en public Marie Chenevance qu’elle ne reprendra pas dans les spectacles ultérieurs. Les cinq autres titres figureront au répertoire à Bobino en décembre 1966.



Bienne 1966

Le séjour en Suisse commence par une soirée mercredi 2 novembre 1966 à 20 h 30 au cinéma Le Capitole à Bienne ou Biel (canton de Berne) commune bilingue.

Jules Lesegretain obtient l’autorisation de construire une salle cinéma et de spectacles à Bienne en septembre 1928. Le bâtiment occupera deux parcelles de terrain au 32 rue de l’Hôpital et 9 rue Haller. L’entrée du public s’effectuera rue du l’Hôpital et celle des artistes rue Haller.

Les architectes optent pour une structure en béton. En 1929, dans la salle s’élève pour l’époque une construction audacieuse. Un étage de gradin en fond de salle couvre en partie le parterre. Ces gradins de 23 sur 7 mètres avancent dans le vide sans pilier central. La nouvelle salle pourra recevoir jusqu’à 1 000 spectateurs.

Le nouveau lieu de spectacle de Bienne s’appellera Le Capitole.

Jules Lesegretrain (1896- 1985) et son épouse exploitent deux établissements l’Hôtel Touring et le cinéma le Palace (place Numa Droz) à Neuchâtel et le Capitole à Bienne.

Après des décennies d’exploitation il cède la salle du Capitole en 1973.


Bienne
Bienne

Le Capitole continue de diffuser des films et d’accueillir des spectacles. Sur cette scène, depuis les année 30 se produiront entre autres : Michel Polnareff, Johnny Hallyday, Édith Piaf, Catherine Sauvage, Fernandel, Tino Rossi, Joséphine Baker...

Début 1986 un élément en béton de la façade se détache et tombe sur la chaussée. Des barrières de protection interdisent l’accès aux trottoirs, l’établissement ferme ses portes. Une commission de sécurité examine la construction et rend un rapport circonstancié mentionnant des fissures dans les murs, le béton de la façade s’effrite. Ce rapport entraîne la décision de fermeture définitive du théâtre. En fin d’année, les menaces de dégradation et la gêne pour la circulation conduisent les autorités à entériner la démolition du Capitole ainsi que l’immeuble voisin au 36 de la rue de l’Hôpital.

L’emplacement du Capitole demeurera un trou béant jusqu’en 2009. Alors s’élèvera un immeuble de quatre étages de bureaux faisant oublier l’ancien Capitole.


Le Journal du Jura dans son édition du premier novembre annonce le spectacle de Barbara du lendemain.

" Après le triomphe de Barbara en septembre dernier sur la scène de Bobino, un critique parisien a écrit : Si on ne court pas la voir, c'est que l'on ne s'intéresse à rienAuteur, compositeur, interprète, Barbara a réussi à imposer, à toute une jeunesse, son caractère et sa personnalité jusqu'alors réservée aux seuls habitués de l'Ecluse... Barbara vous raconte ses joies et ses peines, fait de vous son complice, son ami, son copain. Et cela pourrait durer des heures… "

Mademoiselle Liechti assure la location des places au 51 rue de la gare à Bienne.

Spectacle à Bienne

Le soir venu, le spectacle débute devant une salle d’abord peu réactive. Au long de la soirée, Barbara chante les titres de son répertoire. Une fois de plus, elle entraîne la salle dans son monde, dans ses chansons.

Le Journal du Jura dans son édition du 5 novembre relata la soirée :
" Barbara vient d'entrer en scène. Une petite femme perdue sur le plateau trop grand pour elle. Elle s'assied au piano… Devant les quelques 500 spectateurs qui se sont rendus au Capitole mercredi soir, Barbara a évoqué, avec force, le temps d'avant Barbara… Quelques notes de piano glissent dans la salle, impénétrables, troublantes. Dis, quand reviendras-tu, cette chanson que je me suis composée aux temps où les femmes n'écrivaient jamais de chants d'amour. Barbara entre
coupe son récital. Elle parle d'Anne Sylvestre, de l'amour, de Fragson… Barbara a recréé Barbara. Celle que l'on connaissait de Paris, celle que l'on a retrouvée si proche et si lointaine à la fois, profondément vraie. "

Quelques pages après cet article, un journaliste en faisant la planque devant Le Capitole réussit à obtenir une interview de la chanteuse. Elle le reçoit dans sa loge, vêtue d’un pullover noir et d’une jupe de cuir noir. Elle s’inquiète de la température élevée qui enveloppe la scène et les coulisses.
- Barbara, il y a deux ans, vous deveniez la tête d'affiche de Bobino. Depuis combien de temps travaillez-vous à la chanson ?
- Depuis très longtemps. 10 ou 12 ans, je ne sais plus exactement. Bobino, c'était il y a deux ans. Avant, les petits cabarets. Les petites scènes, un public restreint; il y a eu le temps de l’Écluse dans l'immense cadre du Théâtre de l'Est parisien…
- Que faisiez-vous avant la chanson ?
- Je chantais. J'ai toujours chanté. Et puis, avec 12 ans, il ne reste plus beaucoup de temps pour faire autre chose.
- Où êtes-vous née ?
- À Paris; je suis Française, mais d'ascendance russe.
- Avec Georges Brassens, Jacques Brel et Jean Ferrat, pour n'en citer que quelques-uns, vous représentez, pour le grand public, l'une des plus ardentes interprètes de la bonne chanson.
- Je ne sais pas ce que cela veut dire la bonne chanson. Je trouve que Françoise Hardy fait de la bonne chanson. Johnny Hallyday... aussi. Et Charles Aznavour ! Il y a une de ces chansons qui s'appelle… (elle réfléchit) Le petit bois de trousse chemise. Non, vraiment, je ne sais pourquoi l'on parle de bonne chanson.
- Dans ce cas, pourquoi n'interpréteriez-vous pas une œuvre de l'un de ces auteurs précités ?
- Je la chanterai mal.
- Avez-vous changé ? Le succès ne vous . t-il pas grisée ?
- Non. Le succès n'existe pas. Il existe durant mon tour de chant, lorsque le rideau est retombé. Après, c'est fini. La chanson est un éternel recommencement. Tous les jours, il faut gagner. (Barbara esquisse un sourire, elle hésite) mais ce n'est pas exact, car, il arrive pourtant un temps où le public ne vous aime plus du tout. Ce sont les autres qui changent. Chaque soir, il faut revivre ses chansons.
- Vous vivez alors la minute présente ?
- Vous avez raison. (rêveuse) La minute présente.
- Quelles sont vos nouvelles Chansons ?
- Parce que je t'aime, La nuit, Madame, Chaque fois et Marie Chenevance.
- Votre vœu le plus cher ?
- La paix. la paix pour tout le monde.


Yverdon les bains 1966

Après la représentation de Bienne, la tournée se poursuit à Yverdon les Bains , 75 kilomètres plus au sud. La route longe successivement les lacs de Bienne puis celui de Neuchâtel.

Barbara et ses hommes se posent l’espace d’un soir au Casino Théâtre de la station thermale.

En 1896, les autorités municipales décident de doter la ville d’un nouveau Casino Théâtre sur la place d’armes.

Courant 1898, s’élève le nouveau bâtiment sur des plans de Louis Bezencenet (1843-1922) et Alexandre Girardet (1856-1904), architectes vaudois. La façade principale présente des similitudes avec celle du casino de Monte-Carlo avec ses deux tours latérales. Les dorures abondantes ornent la salle de 800 places. Le peintre Otto Haberer (1866-1941) réalise les fresques. La salle comprend un parterre et des tribunes de chaque côté et en fond de salle. L’inaugure du Casino Théâtre se déroule le décembre 18 décembre 1898.

Lors de la rénovation de la salle en 1931, les dorures, les tribunes latérales disparaissent pour arriver à une jauge de 450 places. La scène se trouve agrandie. Tous les sièges font désormais face à la scène. D’ultérieures transformations surtout extérieures interviendront en 1958, 1983, 1998 et 2015. La salle de spectacle devient une salle communale recevant chanteurs et spectacles.


Yverdon les bains
Yverdon les bains
Yverdon les bains

En 1998 le Casino Théâtre devient le Théâtre Benno Besson (1922-2006) en hommage au réalisateur originaire de la ville.

Au cours de la dernière rénovation, les deux tours encadrant la façade perdent leur étage et leurs couvertures.

Au cours de son existence la scène du Casino Théâtre reçut entre autres Hugues Auffray, Jacques Dutronc, Beau Dommage, Maxime Le Forestier, Magma…

Depuis le TBB (Théâtre Benno Besson) propose un programmation riche et variée.


Devant une salle comble le spectacle débute à 20 h 30 ce 3 novembre.

Aucun article de presse relate cette soirée.


Neuchâtel 1966

Les dates s’enchaînent… Seconde étape à Neuchâtel, à la salle des conférences le 4 novembre. Pour aller vers un peu plus au nord, les 35 kilomètres de route suivent les rives du lac de Neuchâtel.

Salle des conférences 2 avenue de la gare, Neuchâtel

En 1883, six notables neuchâtelois fondent une société ayant pour but l’exploitation d’un bâtiment destiné à être loué soit pour des conférences traitant de sujets religieux, scientifiques, littéraires, artistiques ou d’économie nationale pouvant intéresser le développement moral ou matériel du pays, soit pour des réunions de personnes s’occupant de ces questions, soit pour des concerts vocaux ou instrumentaux. La société érigea un bâtiment au début de l’avenue de la gare à Neuchâtel, au numéro 2.

L’immeuble comprend trois salles, la petite, la moyenne et la grande suivant leurs capacités respectives d’accueil. La grande salle présente un parterre et une galerie sur les murs latéraux et le mur du fond. Sur le côté des baies vitrées verticales donnent sur l’avenue de la gare.

Au fil des ans la paroisse évangélique de Neuchâtel devint propriétaire d’une grande partie des parts de la société.

Après la seconde guerre mondiale les actionnaires réalisent que les locaux deviennent vétustes. Une rénovation s’impose.

Tout d’abord les murs reçoivent une nouvelle peinture. Les bancs grinçants de la grande salle disparaissent pour des fauteuils rembourrés de cuir vert. Les sièges latéraux du parterre et de la tribune sont légèrement inclinés pour améliorer la visibilité vers la scène. Des tubes de néon éclairent les salles. A l’entrée un guichet reçoit les spectateurs. La société propriétaire aménage une loge près de la scène et des toilettes.

A la suite de la rénovation la salle rouvre ses portes le 10 octobre 1949. Maintenant la grande salle des conférences accueille jusqu’à 700 spectateurs.

Salle des conférences

La grande salle abrite des conférences, des concerts de musique classique, musique militaire, marionnettes, projection de documentaires et activités de l’église évangélique. Elle devient une salle de spectacle avec les passages de vedettes entre autres de Marcel Amont en 1960, Lionel Hampton en 1961...

A partir des années 70 les tourneurs désertent la salle devenue inconfortable et d’un autre âge. En 1971 la société exploitante décide de céder le bâtiment. La grande salle des conférences reçoit des spectacles jusqu’en 1974. A partir de cette année là, une nouvelle salle s’ouvre en remplacement à Neuchâtel : Le temple du bas.

Les locaux deviennent alors des bureaux.


L’agence Strubin et la librairie Reymond (5 rue saint Honoré Neuchâtel) et la Salle de conférences assurent la location des places pour la soirée.

Spectacle à Neuchâtel

A 20 h 30 vendredi 4 novembre, principalement un public jeune se presse dans la salle des conférences de Neuchâtel.

Le journal le Feuille d’Annonces de Neuchâtel L’Express du 5 novembre titre : Barbara a fait revivre la chanson.
"Le visage de Barbara qui, de note en mot, de soupir en cri, de balbutiement en confidence, est devenu le corps d’un monde où chaque élément vibre – qu’il pleure ou qu’il rie… Elle s’en va à la rencontre d’une peine et d’une joie qu’elle traduit par des mots qui n’ont plus que la signification de la sincérité… Étonnamment présente, poignante, convaincante… Elle nous a fait aimer la pluie en attendant Pierre, mettre Chapeau bas devant son frémissant talent que l’on ne conjuguera certainement jamais au passé."


Berne 1966

Après Neuchâtel, Barbara et ses hommes s’installent dans la capitale suisse pour un soir au Kursaal.

Sur les hauteurs de l’Aar coulant à Berne, des forts protègent la ville vers 1800.

Ces hauteurs de la ville se muent en site campagnard où une buvette d’été ouvre ses portes en 1860. Treize ans plus tard s’ajoutent un kiosque à musique et une scène recevant des comédies.

La société du Kursaal voit le jour pour la fondation d’un ensemble comprenant un théâtre, une salle de jeu en 1903. Ce nouvel édifice recevra après son inauguration en 1914 L’exposition nationale de printemps. Six ans plus tard, débute l’exploitation de la salle de jeu.

L’architecte bernois Albert Gerster (1864-1935) dresse les plans d’un ensemble abritant une salle de théâtre (Festsaal), une salle de réunion. Le nouveau Kursaal ouvre ses portes en 1933. La Festsaal devient une salle de spectacles reconnue dans la capitale suisse.

Une rénovation s’impose en 1946. L’architecte Albert Schuppisser (1876-1955) agrandit la salle avec une jauge de 900 places. Une large baie vitrée offre depuis la salle une vue sur la collégiale de la ville.

L’ouverture d’une nouvelle salle de concert en 1959 rend la Festsaal désuète.

La Festsall devient la Leutersaal en 1974 après une modernisation des lieux et des équipements.

Kursaal Berne
Kursaal Berne
Kursaal Berne

Au fil des rénovations, remaniements des bâtiments et de la salle de concert ouverte en 1959 la Leutersaal disparaît. La salle de jeu s’installe alors dans l’ancienne Festsaal.

Depuis le Kursaal de Berne poursuit son activité de centre culturel et de congrès.


La presse bernoise depuis le début du mois de novembre annonce dans ses colonnes le prochain spectacle de Barbara au la salle des fêtes du Kursaal à Berne le dimanche 6 novembre.

Spectacle à Berne

Le libraire éditeur Muller et Schade, 6 place du théâtre à Berne effectue la location des places.

Dans cette salle défraîchie, la lumière s’éteint à 20 h 15, faisant oublier l’ambiance du lieu. Barbara entre en scène. Les chansons s’enchaînent, le public au départ distant se laisse envoûter par la femme qui chante. Une heure et demie après en fin de spectacle, le public applaudit après ces instants de plaisir.

Le Neue Berner Zeitung du 8 novembre titre : L’esprit français au Kursaal de Berne.
" D'une facilité inspirante ! On dit que l'art naît du talent. Ici, nous, Bernois, avons la preuve que ce vieil adage est vrai. En deux heures et demie, une femme élancée et féline, une Française, nous transforme, nous Bernois réservés et plutôt méfiants, en Français par choix, qui faisons avec les applaudissements exactement ce qui est évident dans bien d'autres villes et pays : ils les donnent, spontanément et avec exubérance…. Les paroles, pleines d'intelligence et de poésie, touchent le cœur sans détour… Est-il nécessaire de souligner que cette femme au nom mémorable est une véritable professionnelle, sans en avoir l'air un seul instant ?… Ainsi, ce qui semblait au départ, aux yeux des non-initiés, une aventure surfaite devient finalement une expérience, une expérience heureuse qui semble aller de soi et pourtant ne l'est pas. C'est ça, l'art !"


Fribourg 1966

Après un saut de puce de 34 kilomètres, la tournée se poursuit le lundi 7 novembre à Fribourg.

En 1920, il n’existe qu’une seule salle de théâtre dans la ville de Fribourg. La salle, rue de bouchers montre des signes de vétusté. Aucun des projets présentés pour la création d’une nouvelle salle aboutit.

Un maçon arrivé du Tessin quelques années plus tôt dont les affaires prospérèrent décide de doter le ville d’un théâtre digne de ce nom avec ses propres deniers.

Séverin Livio, l’entrepreneur, demande à l’architecte Ernest Devolz (1878-1945) de dresser les plans du futur théâtre. Bâti en arrière du café du Simplon, le Théâtre Livio ouvre ses portes 15 rue du Simplon, par une soirée d’inauguration le 18 novembre 1923 avec la participation de l’orchestre de la Suisse Romande dirigé par Ernest Ansermet (1883-1969).

La salle suivant le modèle du théâtre à l’italienne, présente un parterre et deux étages de balcons. Le théâtre Livio accueillera divers types de manifestations : spectacles de music-hall, théâtre, bals, matchs de boxe, expositions. Jusqu’à 1 200 spectateurs peuvent prendre place.

En 1952, la famille Livio entreprend de moderniser la scène et les coulisses. De nouvelles installations techniques, la création de loges pour les artistes, l’isolation de ma toiture, le chauffage, des jeux de projecteurs. Le peintre décorateur fribourgeois Jean Thoos (1892-1984) réalisé la décoration de la salle et les nouveaux rideaux se scène.

Trois ans plus tard une nouvelle série de travaux apporte de nouveaux sièges rouges, un nouveau hall recouvert de marbre vert, une nouvelle façade. Le peintre fribourgeois Bernard Schorderet, les architectes Albert Cuony (1887-1976) et Roger Anthonioz (1921-2002) contribuent à cette dernière rénovation. Cette fois la ville de Fribourg finance les travaux. La salle s’équipe d’un écran d’un appareil de projection cinémascope et devient aussi cinéma. A la suite des travaux la jauge de la salle revient à 800 places.

Livio Fribourg

La famille Livio décide de confier la gérance de la salle à un tiers. Mais le coût des rénovation et des malversations des gérants mettent en péril les finances du théâtre.

En 1955, Séverin Livio meurt à l’âge de 82 ans. Sa veuve Marie Jacqueroud (1881-1955) confie les rennes de la salle à son fils et son épouse. A la disparition du fils Georges Livio (1905-1957) sa veuve Anna Gremaud (1910-1999) reprend la tête de l’institution frigourgeoise. Puis leur fille Roselyne et son mari Henri Ryser dirigent le Théâtre Livio.

Au début des années 70, les difficultés financières assombrissent les perspectives d’avenir. Finalement en 1975 le Théâtre Livio le rideau ne se lèvera plus. Le 13 février 1975, cinquante trois ans de vie du lieu, se termine par une dernière séance avec le film d’action américain : Six minutes pour mourir.

En juin, un commissaire priseur procède à la vente publiques du mobilier, du matériel, des sièges.

Deux ans plus tard, les pelleteuses entrent en action et démolissent l’édifice.

A la place du Théâtre Livio s’élève un ensemble immobilier comprenant l’Hôtel Alpha.

Le public du Théâtre Livio l’espace d’un soir retrouva sur sa scène : Gilbert Bécaud, Georges Brassens, Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Michel Polnareff, France Gall, Richard Anthony, Petula Clark, Tino Rossi….


La salle du Théâtre Livio accueille Barbara et ses hommes pour une soirée commençant à 20 h 30. Le théâtre assura la location des places depuis le 3 novembre.

Spectacle à Fribourg

Le journal La liberté du 12 novembre rend compte brièvement de la soirée : " Barbara, une des vedettes sûres de la chanson française, a donné lundi soir, a Fribourg un récital qui enchanta jeunes... et moins jeunes. "


Lausanne 1966

Barbara et ses hommes pour un soir découvrent au bord du lac Léman Lausanne à 75 kilomètres de la précédente date.

Pour la première fois, Barbara chante à Lausanne et plus précisément sur la scène du Théâtre Beaulieu mardi 8 novembre.

Le grand champ de Beaulieu accueillait sous des toiles de tente Le comptoir suisse en septembre 1920.

En 1921 l’architecte Charles Braun érige en ce lieu le premier bâtiment en béton. Petit à petit cette manifestation commerciale prit de l’ampleur. Puis de 1921 à 1940 de chaque coté du bâtiment central s’ajouteront d’autres structures en béton. Un restaurant s’installera en 1932. En 1946 les architectes Thievenaz père et fils poursuivent le travail initié par Charles Braun.

Le comptoir suisse nécessitant de plus en plus d’espaces, les zones nord et sud se développent de 1940 à 1957. D’autres évènements occuperont désormais les divers halls d’exposition construits.

L’ensemble formé des constructions prend le nom de Palais Beaulieu en 1953. Devant la façade austère du hall central de béton deux statues signées Casimir Reymond figurant l’agriculture et l’industrie prennent place.

Palais Beaulieu

Théâtre BeaulieuL’architecte Marcel Julliard dresse les plans d’une future salle de théâtre qui s’installera dans la partie érigée en 1932 à gauche du hall central. Ce salle pourra accueillir jusqu’à 1844 spectateurs avec parterre et balcon. Le 19 novembre 1954 se déroule la soirée d’inauguration. Des coques de noyer recouvrent les murs de la salle. Un majestueux lustre éclaire le parterre et le balcon. Cette salle devient la plus grande salle de Suisse.

Tous les grands noms de la chanson, de la danse et du théâtre passeront alors sur cette scène devenue incontournable du canton de Vaud.

Deux noms demeurent liés à jamais à cette salle Maurice Béjart et Marcel Imsand. La compagnie de ballet s’implante dans cette salle. Marcel Imsand demeura pendant plus de 30 ans le photographe officiel du lieu.

De 2019 à 2022, des travaux importants rénoveront ce lieu pour le doter d’équipements modernes. Les architectes en charge du projet surélèvent le plafond de la salle, et ramenent à l’horizontale la scène d’origine inclinée. Cette rénovation entraîne une baisse de la jauge à 1 600 places (1 019 parterre et 608 balcon).

De nos jours, le Palais Beaulieu abrite le siège du Tribunal arbitral du sport, les bureaux du Ballet Maurice Béjart, la chaîne de télé régionale Vaud-Fribourg, Beaulieu expo et le Théâtre Beaulieu. Le centre des congrès actuel offre 100 000 m² pour des expositions, des spectacles, un jardin de six hectares, de nombreuses salles modulables.

Beaulieu, Lausanne

La mairie de Lausanne et le Palais Beaulieu dévoilent le 26 novembre 2024, une plaque commémorative rappelant l’œuvre de Marcel Imsand.

Plaque Marcel Imsand, Théâtre Beaulieu


Le rideau rouge s’écarte à 20 h 30 plongeant la salle dans l’obscurité.

Beaulieu 1966

Dans la salle, le photographe attitré du Théâtre assiste au spectacle. L’assistante de Barbara, Marie Chaix avait demandé au photographe de rester discret. Au cours de la soirée il réalisa cinq clichés. Après le spectacle, Barbara invita le photographe Marcel Imsand à dîner. Le lendemain Barbara chante à Genève, elle demande à Marcel Imsand de l’y rejoindre pour lui montrer les clichés réalisés à Lausanne. Après le spectacle du 9 novembre à Genève, Barbara resta un long moment avant de découvrir les clichés. Plusieurs photos prises à Lausanne ce 8 novembre deviendront des " tubes ". Barbara devant son miroir se retrouvera sur la couverture du livre Barbara ou les parenthèses paru en 1968. Pour les couvertures des programmes et affiches de Mogador 1990 et du Châtelet 1993, Barbara choisit le cliché de Marcel Imsand, le visage et le pied dépassant du rideau rouge, pris à Lausanne ce soir-là. Entre Marcel Imsand et Barbara naîtra une amitié sincère profonde et durable.

La TSR enregistre le spectacle. Le lendemain, à Genève, elle rencontre Jo Excoffier de la TSR pour une interview. La TSR diffusera une partie du spectacle et l'interview dans l'émission Barbara chante le 14 janvier 1967.

En présentant Dis quand reviendras-tu ? Elle déclare au public : A cette époque-là, je ne chantais pas de chansons d’amour, d’abord parce que cela me gênait de chanter des chansons d’amour, je ne sais pas, enfin, je trouvais cela indécent, et puis… J’ai changé depuis. Et puis aussi, parce que les chansons d’amour que j’aimais étaient écrites par des hommes, et c’était vraiment une conception d’homme, ce n’était pas parler d’amour comme une femme le fait. J’aimais les écouter, mais je n’avais pas envie de dire ces choses-là. Alors un jour, je me suis écrit une chanson d’amour...

La Gazette de Lausanne dans son édition du 9 novembre titre : Hier soir à Lausanne : Envoûtante Barbara.
" Étrange, fascinante, envoûtante… Sa voix tremble monocorde, s’envole soudain vers la violence, se fait captive, bascule dans les aigus… Ce qu’elle chante maintenant, elle l’a écrit avec sa vie, elle le revit de toutes ses fibres… Quand le rideau retombe sur " l’envoûte " quelque chose a bougé en nous. Meilleur ou pire… J.M. "

La Gazette de Lausanne du 10 novembre titre : Barbara, l’interview inutile.
" Après avoir participé à la magie de son récital, les mots sonnent trop creux qui prétendraient la présenter… Connaître Barbara ? C’est entendre ses chansons, voir cette fascinante silhouette gainée d’une robe sans fin et jaillie d’une veste à large échancrure, trait fragile qui se détache pourtant en lanière de fouet dans la lumière de la scène et qui vibre de la chanson. Car c’est la vie qu’elle chante... J.M."

La télévision suisse romande diffuse le soir même à 20 h 20 l’émission Carrefour. Ce programme comprend sept reportages de courte durée. Parmi les reportages présentés, Catherine Charbon interviewe Barbara.


Genève 1966

En longeant le lac Léman, 60 kilomètres à l’ouest, Barbara et ses hommes se posent à Genève.

Presque un an plus tôt, Barbara chantait un seul soir à Genève au Théâtre de la réformation. Elle revient à Genève cette fois pour deux représentations au Théâtre de La Comédie les 9 et 10 novembre.

Ernest Fournier (1875-1937) auteur et metteur en scène genevois fonde la troupe La Comédie qu’il installe dans une salle communale (actuel Théâtre Pitoëff) dans le quartier de Plainpalais à Genève en 1909. Il demande à l’architecte Henry Baudin (1876-1929) d’édifier une salle de théâtre pour sa troupe. L’architecte opte pour une construction de style classique en molasse avec un fronton triangulaire en façade. Les travaux débutent en 1911 dans le quartier de Plainpalais au 6 boulevard des philosophes. L’artiste peintre Erich Hermes (1881-1971) effectue la décoration. Après dix huit mois de travaux, le 25 janvier 1913 se déroule l’inauguration de la Comédie.

Les spectateurs peuvent admirer le hall et les dégagements avec leurs mosaïques. A l’étage s’ouvre la salle de théâtre recevant huit cents places avec un parterre et deux étages de balcons en fond de salle face à la scène. Une couronne de laurier peinte dans chaque caisson de la voûte arrondie de la salle souligne le classicisme désiré.


Théâtre de la Comédie
Théâtre de la Comédie

La ville de Genève rachète en 1947 les murs du théâtre sauvant la troupe de la faillite.

La troupe de la Comédie croise la route du succès et les locaux s’avèrent de plus en plus exigus. En 2016, s’entame la construction d’une nouvelle salle moderne dans le quartier des Eaux Vives. La troupe s’installe dans son nouveau Théâtre de la comédie.

La ville de Genève décide d’attribuer en 2025 les locaux vides du théâtre du boulevard des philosophes au TMG (Théâtre de Marionnettes de Genève). Des travaux débutent pour aménager la salle.


Chaque soir le spectacle débute à 20 h 45 devant une salle où plus un siège n’est vide. Un public composé principalement de jeunes rempli la salle. L’association pour la rayonnement de Genève (ARG) et Maurice Verleye (1899-1979) organisent les représentations. Le Théâtre de la Comédie prend en charge la location des places.

Genève 1966

La presse relate les soirs à La Comédie de Genève :

La Sentinelle du 12 novembre titre : La Comédie : Barbara conquiert Genève
" On se serait cru à une matinée classique, tant était jeune, très jeune même, le public qui occupait jusqu’au moindre strapontin… Envoûtante, admirable, rare, Barbara se situe entre Édith Piaf et Juliette Gréco… Personne le la connaissait il y a quelques années. Puis la radio, la TV et le disque l’ont popularisée… A Genève, ce fut une conquête foudroyante et définitive. "

La Tribune de Genève du 10 novembre titre : Barbara angoisse et fascine
" Il faut avoir le cœur solide et l’âme bien trempée pour résister à Barbara… On sort de ce récital le corps intérieurement un peu chaviré… Barbara joue de ses doigts sur le clavier de son piano ou dans le vide avec l’agilité d’un oiseau qui vole… Elle chante l’amour avec une étonnante ferveur et une intensité que l’on ne retrouve pas chez l’homme… Elle sait toucher la corde sensible de ceux qui l’écoutent… Où qu’elle chante Barbara recrée son univers. Un univers que l’on a de la peine à pénétrer immédiatement, mais dès qu’il est difficile de quitter ensuite. "

Le Courrier de Genève du 10 novembre titre : Ensorcelante et fascinante Barbara
"Lorsque le rideau s’écarte, et que l’accordéoniste et son complice le contrebassiste lancent les premiers accords, elle entre lentement comme un serpent qui se glisse sur scène… Dès l’instant où elle ouvre la ronde de ses propres chansons, le public ensorcelé la retrouve telle qu’il l’aime… Les plus grandes chanteuses ont été imitées, pillées. Il n’y aura jamais une seconde Barbara… Comment, vraiment, peut-on ne pas aimer Barbara ? Barbara ne vient pas à vous, mais elle vous entraîne dans son sillage, dans son univers enchanté où l’on souffre, où l’on pleure mais, surtout, où on l’aime… Ensorcelante, fascinante, séduisante, captivante, enchanteresse, que le vocabulaire est pauvre, dès qu’il s’agit de parler de Barbara ! "

Le journal de Genève du 10 novembre propose un article et une interview de Barbara.
"…
Dans le sourire difficile que les applaudissements font éclore semble frissonner un mal de vivre obstiné et incisif… Mais l’humour ou même la joie conquise de quelques-unes des chansons finissent toujours par échouer aux rives d’un sourire d’amertume. "

Un journaliste du Journal de Genève a rendu visite à Barbara au Théâtre de la Comédie dans l’après midi du 9 novembre.
Au cours de l’interview elle déclare :
- C’est à mon public, sur scène, que je consacre l’essentiel de moi-même. Le reste n’a pas d’importance. Ma vie est celle de chacun d’entre nous. Il n’y a pas de raison d’en parler.

- Le passé ne m’intéresse pas. Tout le monde a des problèmes en débutant, même le boulanger.
- Faire ce métier, c’est comme prendre le voile. On pense à prier. Quant aux tentations, elles existent pour tout le monde. Ce que je vivais alors me paraissait beau. Je n’aime pas le mot réussite. La réussite est un faux pouvoir. Maintenant j’ai d’autres problèmes. Et j’aime cela, car j’aime combattre.
- L’argent ne peut rien changer et je suis restée pareille. Il m’a permis d’aider ceux que j’aime et, d’un autre côté chargée de responsabilités envers ceux avec qui je travaille. Non je ne déteste pas les responsabilités.
- Je vis extrêmement seule. Tout à coup, j’ai besoin d’un repli, pour redevenir neuve, peut-être. La solitude, ce repli sur soi-même, c’est une des choses qu’un artiste doit à son public.
- Le mal de vivre représente un moment difficile. Mais, après, il faut vivre car la vie est merveilleuse. Pierre est une chanson d’espoir ; une femme qui attend un homme. La solitude, la tristesse sont des instants. Il y a aussi les jours de soleil.
- Le bonheur n’est pas le contraire de la tristesse. Mais, ce soir, je suis heureuse car je vais chanter.
- Je m’arrêterai quand je cesserai d’avoir du plaisir en entrant en scène. Mon métier m’absorbe entièrement, mais je l’ai choisi. Non, je ne cesserai pas de chanter… L’amour ; il y a que l’amour….


La Chaux de Fonds 1966

Suivant les soirées à Genève, 140 kilomètres plus loin la ville de La Chaux de Fonds (canton de Neuchâtel) à la frontière franco suisse sera la prochaine et dernière date de la tournée suisse. Le superbe écrin de la Salle de musique recevra Barbara et ses hommes.

Les architectes René Chapallaz (1881-1976) et Hans Bieri (1909-2001) dressent les plans d’une future salle de musique à La Chaux de Fonds. Les compétences de l’ingénieur acousticien bernois Willi Furrer (1906-1985) permettent de créer une salle avec une excellente acoustique. Les murs en lambris de noyer et le plafond alvéolé participent à cette acoustique exceptionnelle. La salle de musique peut accueillir jusqu’à 1 187 spectateurs. Sur les deux longueurs de la salle et en fond de salle face à la scène un étage de gradin coure. L’architecte bâlois Rudolf Christ (1894-1975) réalise la façade en pierre jaune d’Hauterive (canton de Neuchâtel) donnant 27 avenue Léopold Robert.


La Chaux de fonds
La Chaux de Fonds

Le 4 juin 1955 se déroule l’inauguration de la Salle de musique.


La Tabatière du Théâtre , 39 rue Léopold Robert à La Chaux de Fonds se charge de la location des places à partir du 4 novembre. Les organisateurs fixent le prix des places entre 5 et 15 francs suisses.

La Chaux de Fonds 1966

Le spectacle débute le vendredi 11 novembre à 20 h 30 devant une salle comble.

La presse locale chronique la soirée :

L’Impartial du 12 novembre titre Barbara à la Salle de Musique.
" Une longue et mince silhouette noire, semblable à un oiseau de proie décharné, se détache sur la scène, percée par la lumière crue des projecteurs qui font un ombre gigantesque contre la paroi… L’envoûtement naît spontanément, dès les premiers couplets… Dans son univers où tout procède de l’amour, dans ce qu’il a de physique ou de tendre poésie, il faut entrer de plain-pied et se laisser envahir, jusqu’à l’ivresse délirante… Elle a tenu la scène, quasi immobile à son piano, durant près de deux heures. Près de deux heures inoubliables, avec une présence extraordinaire…. "

La sentinelle du 12 novembre consacre deux articles à la presse.
Le premier titre : Barbara : La poésie à fleur de peau
" Jouant de cet instrument aux possibilités infinies, Barbara chante… Elle nous donne tout en se donnant à la chanson. Elle se donne à elle-même… On n’écoute pas Barbara, on communie avec elle… Femme jusqu’au bout des lèvres, non femme de tête mais femme de chair et d’âme, Barbara nous donne sa vie, notre vie, avec la plus juste délicatesse qui fût jamais… Barbara a redonné tout son sens à la poésie, toute sa vérité ; c’est la poésie qui sort du puits, et qui vous réchauffe par tous les pores : la poésie à fleur de peau. "

Le second titre : Barbara, la magicienne
" Qu’elle griffe, qu’elle caresse, qu’elle ironise, qu’elle sublime, elle envoûte… Barbara, c’est la chanson, avec une valeur que ce mot ne connaît pas encore, du moins associé à une femme… On ne décrira jamais Barbara. Il faut l’entendre, non : la vivre… Vous voyez Barbara, c’est un monument de talent, et une magicienne. "

Barbara retrouve la Rue Rémusat. Pendant près d’un mois elle répète pour son nouveau passage à Bobino à partir du 14 décembre.



Octobre 1968

Barbara et ses hommes entament une tournée d’automne 1968 principalement hors de France. Cette tournée commence en septembre par le Québec puis en octobre en Suisse pour s’achever le mois suivant en Belgique. Le tourneur de Jacques Brel, Georges Olivier (1937-2023) et Barbara assurent la coproduction de la tournée.

Pour cette tournée, Barbara s’entoure de deux musiciens : Roland Romanelli, Michel Gaudry. Les diverses annonces des concerts mentionnent la présence d’un troisième musicien Henri Giordano. Henri Giordano participa à la tournée au Québec en septembre 1968. Seul le journaliste bernois mentionne la présence de Henri Giordano sur scène le premier soir de la tournée.

Le répertoire comprend plus de vingt titres figurant au programme du Musicorama de janvier 1968 en y intégrant les titres issus du 33 tours Le soleil noir qu’elle vient d’enregistrer au studio Blanqui et studio Collard. En première partie elle interprète principalement les chansons des autres puis en seconde partie ses propres compositions.

Les articles de presse relatant les divers spectacles de la tournée Suisse de 1968 mentionnent les titres suivants interprétés : Chapeau bas, Sur la place, Elle vendait des petits gâteaux, Les amis de Monsieur, Veuve de guerre, Göttingen, Pierre, Mes hommes, Une petite cantate, Bref, A mourir pour mourir, La complainte des filles de joie, Y’aura du monde, Attendez que ma joie revienne, La solitude, L’amoureuse, Parce que je t’aime, Joyeux Noël, Le mal de vivre, Dis quand reviendras-tu ?, Gueule de nuit, Ma plus belle histoire d’amour.



Zurich 1968

Les architectes Max Ernst Haefeli (1901-1976), Werner Max Moser (1896-1970), Rudolf Steiger (1900-1982) dressent les plans du futur Palais de Congrès de Zurich. La ville la plus peuplée de Suisse ne disposait pas alors d’un tel équipement. La construction s’élève entre 1937 et 1939, accolée à la Tonhalle elle érigée entre 1893 et 1895. Cet ensemble donne sur les rives du lac de Zurich avec l’entrée principale au 5 Claristrasse. L’organisation de l’exposition nationale suisse de 1939 motive l’édification du Palais des congrès. Le complexe comprend une grande salle, un restaurant et de nombreuses salles.

La grande salle perpendiculaire au lac présente une baie vitrée sur sa longueur donnant sur la Beethovenstrasse. La salle pouvant accueillir jusqu’à 2 000 spectateurs comprend un parterre et un étage de balcon en fond de salle et côté cour. Le sol recouvert de bois offre à la salle une acoustique remarquable.


Palais des Congrès Zurich
Palais des congrès Zurich

Un référendum populaire en 2008 repousse le projet de reconstruction du Palais des congrès.

La grande salle du Palais des Congrès de Zurich reçut les grands noms de la chanson, du jazz avec entre autres : Charles Trénet, Tina Turner, Léonard Cohen, Nina Simone, Patricia Kaas, Joséphine Baker, Ray Charles, Salvatore Adamo, Michel Sardou, Joe Dassin, Georges Moustaki, Claude Nougaro, Nana Mouskouri, Johnny Hallyday, Milles Davis, Gilbert Bécaud, Michel Polnareff, Juliette Gréco….


La tournée commence par la ville de Zurich, au Palais des Congrès où pour la première fois elle chante. Jecklin 28 Ramistrasse, Jelmoli 25 Uraniastrasse, Kuoni 88 Bahanhofstrasse, le théâtre se chargent de la location de places.

Zurich octobre 1968

Malgré les multiples encarts publicitaires dans les journaux locaux, la moitié des sièges de la grande salle restent inoccupés. Sans doute une femme qui chante en français en une ville germanophone freina grandement l’affluence. La soirée débute ce lundi 14 octobre à 20 h 15. Malgré tout Barbara et ses hommes déroulent le programme avec force de conviction. D’ailleurs la presse locale relate la soirée.

Die Tat du 17 octobre titre : Joie et douleur d’amour
" … Un visage incroyablement expressif, incroyablement vibrant !….. Il est dommage que cette chanteuse qui connaît un tel succès aujourd’hui et dont le talent recèle encore un grand potentiel inexploité, ne mélange pas davantage son répertoire avec des chansons anciennes et nouvelles, des chansons d’autres et les siennes, ce qui éliminerait un monotonie textuelle ou musicale…. "

Neue Zürcher Zeitung du 15 octobre
"... Cette femme grande, extrêmement mince, d’une sensibilité et d’une vulnérabilité presque pathétiques, chante sa mélancolie, sa tristesse, avec une intensité criante impossible à simuler. … Elle chante presque toujours avec des notes parfaitement pures, qu’elle ne souffle presque jamais, mais plutôt en tapotant, même dans ses grands sauts mélodiques préférés ; Barbara est musicale jusqu’au bout du nez… La meilleur preuve du charme qu’elle exerce sur son public, outre la tempête d’enthousiasme compréhensible à la fin, peut être dans le fait que pour la première fois dans cette salle, ces gens insupportables qui doivent détruire le début de chaque chanson par des applaudissements nourris s’ils la reconnaissent, ont été réduits au silence."

Le lendemain la ville de Saint Maurice recevra Barbara et ses hommes.


Saint Maurice 1968

Deux cent trente kilomètres au sud de Zurich, dans le canton du Valais, la ville de Saint Maurice le mardi 15 octobre recevra dans la salle du collège le tour de chant de Barbara.

Dès les années 1600, le collège de l’Abbaye organise des représentations de théâtre. Puis se crée une troupe de comédiens au sein de l’établissement. La direction du collège décide en 1820 la construction d’une salle de théâtre pour la troupe. Les ans passent….

Pour agrandir les locaux du collège, la salle de théâtre disparaît en 1963. Et cette même année le collège inaugure une nouvelle salle qui deviendra La grande salle du collège. Au troisième sous-sol, rue Charles Emmanuel de Rivaz s’ouvre les nouveaux locaux. La salle comprend un parterre et un balcon en fond de salle face à la scène. 925 spectateurs peuvent prendre place.


Théâtre du Martolet
Salle Théâtre du Martolet

Trente six ans plus tard, une rénovation de la salle s’impose. Puis en 2002 La grande salle du collège devient le Théâtre du Martolet.



Les jeunesses musicales d’Agaune organisent le spectacle qui débutera à 20 h 30. La librairie saint Augustin, 1 avenue de la gare à Saint Maurice assure la location des places à partir du 10 octobre pour un prix allant de 8 à 17 francs suisses. Le journal Le Nouvelliste annonce le prochain de spectacle dans son édition du 10 octobre et le Journal du Haut Lac le lendemain.

Annonce spectacle Saint Maurice

Pour faire face à la très forte demande de places, les organisateurs installent même des chaises jusque sur les côtés de la scène. Un public jeune se serre dans la salle.

Un étudiant élève du Collège Saint Maurice, Albin Salamin, se souvient de ce soir du 15 octobre 1968 où il participa au spectacle donné par Barbara.

Les journaux locaux relatent la soirée.

Le Nouvelliste du 17 octobre titre : Captivante Barbara !
" …Ses premières paroles vous appellent, sa voix chaude vous fascine… A travers ses propres chansons elle se révèle plus attachante, plus ensorcelante, plus envoûtante même… Sincères elle vous ouvre son cœur et entraîne chacun dans sa vie bouleversante de femme, cette vie faite de larmes, de douleurs, mais, surtout d’amour… Barbara une artiste qui apporte un souffle nouveau, une couleur nouvelle qui fleurit à chaque chanson, un caractère et une personnalité que personne ne pourra jamais imiter, tant les accents poignants émanent d’un seul être... L. Jourdan"

Le Journal du Haut Lac du 18 octobre titre : Barbara ouvre la saison.
" … Toute sa présence parle d’une détresse dominée par une ténacité et une lutte à mort… Elle n’est pas jolie mais elle peut être belle. Elle n’est pas tellement féminine mais terriblement femme… Un style qui ne vient de personne et ne s’influence d’aucune mode, dans les jeux de lumières savamment étudiés… Tellement vivante d’une rage de vivre malgré tout, que la vie ne pouvait ne pas la blesser..."


Neuchâtel 1968

L’étape suivante de la tournée se situe au pied du Jura suisse, en bordure du lac de Neuchâtel, dans la ville éponyme dans la Salle des conférences.


Pour un soir, le 16 octobre 1968, Barbara et ses hommes s’installeront à la Salle des conférences. Les coopératives de Neuchâtel organisent la soirée.

Neuchätel 1968

Le spectacle débute à 20 h 30 devant un public jeune qui se presse et se compresse pour être présent.

La presse locale assiste au spectacle et dès le lendemain en fait le compte rendu.

La Feuille d’Avis de Neuchâtel, L’Express du 17 octobre
" Rien qu’à la voir, pâle et frêle dans son long fourreau noir, on devine cette sensibilité à fleur de peau qui nous vaut tant de chansons nostalgiques, pleines d’oiseaux de nuit, de soleils tristes, de rêves et de solitude…. Surtout un merveilleux sens du rythme poétique, du balancement de la phrase, de la couleur du mot - un peu à la façon de Brassens - qui rend toutes ses interprétations étrangement suggestives… Et chaque fois des textes d’une réelle valeur poétique, chaque fois une musique, des rythmes qui servent les paroles et se tiennent à bonne distance des poncifs du genre…. L de Mv."



Berne 1968

Courant 1906, les architectes Paul Lindt (1859-1913) et Max Hofmann  (1872-1965) surveillent l’édification du Casino bâti suivant leurs plans. Trois ans plus tard le public découvrira l’établissement. Les architectes proposent un édifice dans le pur style bernois avec une façade en grès. L’ensemble sur dresse dominant le cours de l’Aar dans la continuité du pont Kirchenfeld non loin du Palais fédéral.

Malgré l’étroitesse de la parcelle, les architectes surent loger dans une même construction plusieurs structures. Au rez de chaussée le grand hall donne accès au restaurant. A l’étage se trouvent la grande salle de concert et la salle de musique de chambre.


Casino Berne
Casino Berne

La grande salle de concert comprend un parterre et un étage de balcon sur les quatre côtés de la salle. Sur sa longueur la salle comprend quatre travées dont des fenêtres en demi cercle éclairent les balcons latéraux. Mille deux cents spectateurs y trouveront place.

En un siècle d’existence la salle bénéficiera de vingt cinq réaménagements qui petit à petit dénaturent la construction initiale. De 2017 à 2019, une restauration de grande ampleur rendra au Casino son lustre d’antan par le travail du cabinet d’architectes Campanile Michetti.

La scène de la grande salle recevra entre autres : Maurice Ravel, Arturo Toscanini, Louis Armstrong, Joséphine Baker, Tino Rossi, Django Reinhardt, Dave Brubeck ; Johnny Hallyday, Ray Charles, Gilbert Bécaud, Mikis Théodorakis, ACDC, Stephan Eicher, Nina Simone, Astor Piazzolla….


Le spectacle au Casino de Berne débute à 20 h 15 devant une salle peu remplie. Comme à Zurich, se retrouve la barrière de la langue. Pas facile pour un public essentiellement germanophone de comprendre tout un spectacle de chanson française.

Annonce spectacle Berne 1968

Le public fait un accueil poli et réservé à la chanteuse française. Puis au fil du spectacle, Barbara emporte avec elle l’assistance. En fin de représentation la salle se lève pour la remercier chaleureusement et lui offrir un énorme bouquet de roses. En guise de remerciement, Barbara distribue les fleurs au public pour une garder une pour elle.

La presse bernoise se fait l’écho de la soirée du 17 octobre au Casino.

Neue Berner Zeitung du 21 octobre
"… Barbara a très bien su mener délibérément sa présence unique à Berne vers le point culminant en chantant ses titres à succès dans la deuxième moitié du programme… Il était donc compréhensible que le public bernois, initialement plutôt réservé, ait réservé à la grande chanteuse une ovation enthousiaste à la fin, et ait eu droit en retour à plusieurs rappels…. Ce fut une rencontre avec une artiste singulière, expressive et sympathique."

Berner Tagwacht du 21 octobre
"… La charmante parisienne a su créer une atmosphère intime dans cette salle par ailleurs plutôt sobre. De courtes explications, qu’elle introduisait souvent avant ses interprétations, témoignaient de sa vivacité d’esprit…"

Der Bund du 20 octobre
"… Une voix sèche mais douce, une fascinante maladresse dans les mouvements et les geste, un charisme incroyablement fort et sincère… Sa prestation inspirant au Casino a été accueillie par des applaudissements nourris et chaleureux…. Indéniablement écrites et mélodiques, Göttingen, Pierre, La petite cantate, L’enterrement et Le mal de vivre ne sont que quelques titres de son immense répertoire."


Le Locle 1968

Le lendemain, soixante dix kilomètres plus à l’ouest, à la frontière franco suisse, Barbara chantera dans la cité de Le Locle au Casino Théâtre.

La Société du Casino-Théâtre décide de l’édification d’un Casino à Le Locle. Le cabinet d’architectes de Édouard Piquet (1858-1949) et Jules Ritter (1851-1925) dresse les plans du bâtiment en 1890. La salle ouverte accueille jusqu’à 400 places avec un parterre, deux tribunes latérales et un balcon face à la scène. Pièces de théâtre, spectacles sportifs occupent la scène de la salle de concert. A partir de 1906, le cinéma arrive avec la projection de films. Mais un incendie détruit la salle en 1924. Le cabinet d’architectes Werner Oesch (1877-1949) et Constant Rossier (1878-1961) procède à la restauration du Casino-Théâtre. Les tribunes latérales de la salle d’origine disparaissent. Seul subsiste le balcon face à la scène. La nouvelle salle offre alors une jauge de 280 places . Le Casino Théâtre devient voué principalement au cinéma et théâtre en 1934. De nouveaux travaux portent sur la scène et son équipement technique en 1991. De nos jours le Casino Théâtre, 1 avenue du Technicom, organise et reçoit des spectacles de variété et d’humour.

Casinon Le Locle
Casino Le Locle


A 20 h 15, au Casino, le rideau s’ouvre, Barbara et ses hommes découvrent une salle pleine comme un œuf. Un public jeune voire très jeune attend avec ferveur la femme qui chante.

Le Locle 1968

La Feuille d’Avis de Neuchâtel, L’Express du 21 octobre
" Un sourire énigmatique aux lèvres, un regard à la fois timide et envoûtant, un long corps frêle enveloppé dans un fourreau noir, c’est ainsi que Barbara est apparue hier soir au public loclois qui remplissait le Casino-Théâtre… Barbara a véritablement démontré qu’elle était une très grande dame de la chanson."

L’Impartial du 21 octobre titre : Un récital de toute beauté
" Elle apparaît saluée par de frénétiques applaudissements, étrange et séduisante, avec son profil aigu, ses cheveux courts plaqués ; sa longue robe noire qui accentue encore la minceur de sa silhouette, fragile et presque l’air timide… Elle semble créer chaque chanson, l’extraire de son cœur, de son âme, de sa substance… Elle exprime d’une voix qui va de la plus grande douceur aux grands éclats un peu rauque, ses émotions, ses souffrances… Tantôt nostalgique, ironique, tendre ou joyeuse, tout en essayant d’ignorer ses auditeurs, elle s’empare d’eux avec une force qui leur fait oublier le temps... M.C."



Genève 1968

Quittant les montagnes du Jura, la tournée se poursuit pour deux soirs à Genève les 21 et 22 octobre au Théâtre de la Comédie.


Les deux soirs consécutifs le spectacle débute à 20 h 45 devant une salle comble et enthousiaste. Le Théâtre de la Comédie assure la location des places.

Annonce spectacle Genève 1968

Maurice Verleye assure la production des deux représentations.

La presse genevoise revient sur ces deux soirées :

La Tribune de Genève du 22 octobre
" … Par quel prodige, Barbara s’élève-t-elle au dessus de sa légende et parvient à émouvoir avec ses compositions de rêve qui font pleurer ou sourire ?… Mais dès qu’elle fredonne Si, mi, la, ré, sol, do, fa il y a quelque chose dans la présence de Barbara, qu’on appelle présence, faute de définition plus subtile… Mais la musique inspire de plus en plus l’amour à la chanteuse… Barbara pourrait prononcer n’importe quel mot, esquisser n’importe quel geste, se permettre tous les excès, elle serait toujours pudique… La divine Barbara est une moraliste exacte et exigeante qui chante l’enfance, les saisons, l’amour et la tristesse en disant, dans son extrême sensibilité, qu’il faut se quitter… Mais il y a dans les plus tendres poèmes de Barbara quelque chose de dur, un certain esprit d’agressivité, mais sans forfanterie, qui refuse de se laisser duper par les apparences... G.B."

Le Journal de Genève du 22 octobre.
" … Barbara est assez grande artiste, pour qu’on ne se sente pas obligé de taire les débuts un peu difficile de son récital… Pourtant la voix est là, telle que ses disques l’ont popularisée, agile et souple, délicate ou rauque ; ses chansons sont presque toujours d’exquises réussites où les paroles collent à la musique comme la peau à la chair… Une chanson de Barbara ce n’est pas qu’une tranche de musique ; c’est à chaque fois un petit monde ; chaque fois une résonance avec nos émotions personnelles, une rencontre avec nos souvenirs... Ma."

La Sentinelle du 28 octobre
" … Plutôt que d’interpréter ses chansons, elle exhale ses chansons comme si elle voulait s’en délivrer, avec douceur et sensibilité, puis de brusques sursauts d’énergie, d’une voix justes… Barbara qui n’est, jamais tout à fait ce que l’on pense, échappe d’une pirouette aux définitions… Barbara : une chanteuse hors série, un très grand talent... "



Lausanne 1968

Après deux soirs à Genève, la tournée en Suisse s’achève par quatre soirs de suite à Lausanne les 23, 24, 25 et 26 octobre au Théâtre Municipal à 20 h 30.

Théâtre municipal, 12 avenue du théâtre, Lausanne

L’inauguration du lieu se déroule le dix mai 1871 par une représentation du Barbier de Séville. Les travaux de construction débutèrent en 1869 sur des plans de l’architecte Jean Louis Verrey (1822-1896). Eugène Grasset (1845-1917) réalise les ornements et Borschgrave et François Simon Bidau effectuent la décoration.

Le public découvre une salle à l’italienne en fer à cheval dans le style de l’époque. Le lieu prend pour dénomination Casino Théâtre et peut recevoir jusqu’à 800 spectateurs. La fosse d'orchestre reçoit jusqu'à 80 musiciens.

Théâtre Lausanne

Un projet de démolition de l’édifice pour une reconstruction naît en 1912. La première guerre mondiale arrive et stoppe le projet en cours.

Une rénovation de la salle débute en 1931. La salle devenait trop exiguë. Seuls subsistent la façade et les murs. Velours et dorures disparaissent laisser place au style art déco au tons rosés. Une structure de béton armé crée trois balcons sur des plans de Charles Thévenaz (1882-1966). La nouvelle salle reçoit alors jusqu’à 1 100 spectateurs.

La soirée d’inauguration de la nouvelle salle se déroule dans la soirée du 6 avril 1932. Les invités assistent à un souper dans le restaurant du Casino Théâtre au premier étage. Puis dans la salle ils assistent à une représentation de l’opéra Orphée de Gluck.

De 1959 à 1969 la salle se nomme Théâtre municipal.

Depuis 1995 la salle devient Opéra de Lausanne.

Entre 2007 et 2012 sur des plans de Patrick Devanthéry et Inès Lamunière se déroule la rénovation de la cage de scène, des parties techniques et administratives. La salle, maintenant présente une jauge de 962 places. Chaque année l’Opéra de Lausanne accueille environ 45000 spectateurs.


Opéra Lausanne

Annonce Lausanne 1968

Chaque soir, en fin de spectacle, les rappels deviennent de plus en plus longs et enfiévrés.

Durant son passage à Lausanne, son ami Marcel Imsand lui rend visite. Dans sa loge du Théâtre municipal il réalise plusieurs clichés de Barbara. Certaines de ces photos se retrouvent aux pages 21, 33, 37, 84 à 89, 105 et 107 du livre Barbara, La chanteuse et le photographe paru en 2007.

La presse revient sur ces quatre soirs à Lausanne.

La Sentinelle du 26 octobre titre : Émouvante Barbara
" … Deux heures d’horloge, Barbara chante, enchante, subjugue, émeut son auditoire… Barbara a poussé toute seule dans le pays de la chanson où elle occupe une place de premier plan, rudement gagnée mais solidement acquise.. Geo-H Blanc"

Barbara et ses hommes poursuivent la tournée hors de Suisse pour rejoindre la Belgique.


Mai 1969

Après la série de spectacles donnés à l’Olympia en février 1969, Barbara et Ses hommes entament une longue tournée en France, Roumanie, Belgique, Israël et Suisse pour deux dates.

Dans le canton de Fribourg, le premier mai n’est pas un jour férié. Donc le premier mai 1969, Barbara chantera sur la scène du Théâtre Livio à Fribourg.



Fribourg 1969



Le journal La Liberté du 28 avril 1969 annonce le prochain spectacle au Théâtre Livio de Fribourg de Barbara.

Le premier mai 1969, le nombreux public du Théâtre Livio attend avec impatience l’ouverture du rideau.

Le rideau s’ouvre sous une salve d’applaudissements. Sur scène, un piano à queue marron, assise au clavier. L’accompagnent Michel Gaudry à la contrebasse et Roland Romanelli à l’accordéon.

Les journaux locaux relatent cette soirée, La Liberté du 5 mai 1969 titre Au théâtre Livio : Barbara et le Freiburger Nachrichter du même jour.

Le journaliste du Freiburger Nachrichter écrit :
" Son apparence générale est étonnante, son comportement étonnant, ses chansons étonnantes. Les chansons dégagent toutes un érotisme mystérieux, elles s’adressent directement aux sens, à l’exception de quelques-unes. Ses chansons sont adaptées à sa voix, conditionnées par sa voix. Elles évoluent entre une sentimentalité rêveuse et une vitalité presque animale…
L’art de Barbara est en fait cool et distant ; elle raconte l’histoire de la vie des gens avec autant de détachement que la sienne. Tout lui semble aussi proche ou aussi éloigné. Les chansons sont extrêmement intelligemment écrites et superbement orchestrées…
Parmi les chanteurs d’aujourd’hui, Barbara est certainement l’une des personnalités les plus fortes et les plus impressionnantes."

Le journaliste de La Liberté écrit :
" Son récital doit être pour elle comme il l’a été pour moi un exercice de voltige ou de trapèze sans filet…
Sa sensibilité à fleur de peau nous offre bien sûr des chansons nostalgiques, oiseaux de nuit, soleil triste, enfin tout un monde bercé par le rêve, la solitude, l’attente, le vent de décembre qui gèle au cou, le mirage ; le temps qui passe et qui ne se rattrape plus…
Barbara possède un sens merveilleux du rythme poétique, du glissement de la phrase, de la nuance du mot…"


Montreux 1969

Au soir du samedi 10 mai 1969, la tournée fait escale à Montreux pour un soir. Barbara chantera au Casino de la Ville en seconde partie des quarts de finale du célèbre concours de chansons La Grande Chance.

La presse locale dans ses éditions du 10 mai annonce la soirée des quarts de finale et en seconde partie la présence de Barbara.

Le Journal du Jura :
" Ses chansons ne s’analysent pas, elles s ‘écoutent, elles pénètrent…"
Elle déclare au journal : " Le tour de chant, ce n’est pas seulement le moment où l’on entre en scène, il y a une prolongation, c’est après qu’on laisse une conversation qui dure, qui va plus loin que le fait de chanter. Cela m’a appris, parce qu’au fond, moi, c’était chanter et m’en aller. Ce n’est pas cela du tout. Pour moi, c’était chanter et disparaître, j’ai appris qu’il y avait le regard des gens, il y avait autre chose que cela, mais raconter ma vie, je ne pense pas que le public soit particulièrement intéressé… Non je ne suis pas contre une certaine forme de publicité que se permettent certaines vedettes autour de leur vie privée. Je ne suis contre rien. Je suis contre pour moi, c’est ma loi. Il y a une autre chose aussi : vous rencontrez un journaliste, il y a un contact et les choses vont bien, il vous interroge, vous lui dites des choses. Il y a déjà la façon dont il les entend., même de bonne foi, la façon dont il va les écrire, dont il les interprète , la façon dont il va les lire, dont on va les recevoir, alors il y a tellement... Il n’y a plus de vérité..."

Le Novelliste
" Barbara est aujourd’hui une des toutes premières chanteuses françaises. Elle a réussi, elle écrit ses chansons, les chante, elle roule avec une grosse voiture luxueuse avec chauffeur. On oublie souvent le revers de la médaille, les longues années obscures à chanter dans de petits cabarets sans que personne ne semble faire attention à vous."


Deux associés créent en 1879 la Société du Kursaal à Montreux ayant pour but d’édifier et exploiter un Casino Kursall.

La station touristique en bordure du lac Léman souhaite se doter aussi d’un Casino.

Sur des plans des architectes Ernest Burnant (1833-1922) et Charles Necati (1833-1884) dans un style néo-mauresque avec une salle de spectacles, des salons de lecture, jardin d’hiver, restaurant, salle de jeux, l’inauguration se déroule le 26 novembre 1881.

Un orchestre de 35 musiciens anime les soirées.

Le Kursaal prend son essor, le nombre de visiteurs s’envole. Dès 1897 la société d’exploitation envisage un agrandissement du casino.

Un nouveau bâtiment sur des plans établis par l’architecte Eugène Jost (1895-1946) de style néo-baroque se dresse accolé dans le prolongement du bâtiment existant.

Le nouveau Casino ouvert en 1903 comprend un hall majestueux, une verrière, une grande salle avec des galeries (1 000 personnes), salons en étage.

Le succès sourit au Kursaal. La guerre de 1914 stoppe cette réussite. Le Kursaal connaît une période morose qui se perdure jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

La fondation pour l’équipement touristique devient actionnaire principal du Kursaal en 1946. La fondation lance une série de travaux pour relancer l’essor du lieu : en 1956 création d’une piscine, en 1962 création et ouverture d’une nouvelle salle (le Lido) couvrant la terrasse, en 1969 création d’une autre salle Le sablier couvrant aussi la terrasse. En réunissant Le lido et le Sablier la salle créée peut recevoir jusqu’à 1 500 spectateurs.

Le Casino accueillera alors tous les grands noms de la chansons, du jazz : Charles Trénet, Sacha Distel, Jacques Brel, Johnny Hallyday, Gilbert Bécaud, Nana Mouskouri, Ela Fitzgerald, Pink Floyd, Joan Baez, Santana, Nino Ferrer, Deep Purple, Michel Jonasz, Mireille Mathieu….

En 1967 le lieu abrite la première session du Montreux Festival Jazz.

Au cours de l’été 1971, face au succès toujours croissant naît un projet d’aménagement d’un studio d’enregistrement.


Casino Montreux
Casino de Montreux

Le 4 décembre 1971 à 16 h 24 pendant un concert de Franck Zappa et The mothers of invention un spectateur tire une fusée éclairante. La fusée atterrit dans le décor. Le feu embrase alors la salle. Les spectateurs évacuent le lieu. Mais les flammes s’étendent à l’ensemble du bâtiment. Le lendemain il ne reste du Kursaal que des murs calcinés.

La direction de l’établissement transfère la salle de jeu et le dancing dans le Pavillon du Montreux Palace.

En 1975 le bâtiment reconstruit rouvre ses portes. Le nouveau casino présente le style en cours alors, du verre et de béton. Adieu le style suranné du Kursaal.

Casino de Montreux

Le groupe Barrière reprend les rennes du Casino en 2001. Deux ans plus tard le groupe engage une rénovation du bâtiment.

Actuellement le Casino de Montreux comprend trois restaurants, 374 machines à sous et 25 tables de jeux.



En seconde partie du concours de chansons La Grande Chance, après les prestations des candidats, Barbara accompagnée par Michel Gaudry à la contrebasse et Roland Romanelli à l’accordéon s'installe la scène du casino.

La télévision Suisse Romande diffuse la soirée sur leurs ondes dans l'émission Aux premières loges de 20 h 40 à 22 h 10.

A la suite de la soirée au casino de Montreux la presse revient sur la soirée.

L’impartial du 12 mai 1969 :
" Etrange, admirable, insolente Barbara, qui s’accompagne au piano avec une facilité déconcertante, qui sait maintenant avec élégance regarder la caméra au bon moment c’est à dire quand les paroles s’adressent à chacun de nous, pour nous faire croire que nous sommes les seuls à la recevoir, totalement attentifs, qui aime qui respecte son public au point de ne lui donner que des chansons dont le texte mérite d’être reçu."

La Liberté du 12 mai 1969 :
" Barbara nous est apparue comme la grande dame de la chanson française, sure de ses effets, plus vive et enjouée qu’à l’accoutumée. Nous demeurons encore sous le charme de chansons tendres ou nostalgiques, soutenues par un texte de la meilleure veine poétique."



Janvier 1971

La Gazette de Lausanne, dès début janvier, annonce la participation de Barbara au seizième bal de l’entraide samedi 23 janvier 1971 au Palais de Beaulieu.


Lausanne 1971

Les étudiants Lausannois créent le Grand Bal de l’Entraide. Les organisateurs de cette soirée reversent les bénéfices aux étudiants en situation de précarité.

Au fil des ans le bal devient la manifestation philanthropique numéro 1 de la Suisse Romande.

La première édition se déroule dans les salons du Lausanne Palace (rue du grand chêne) le 6 février 1954.

La manifestation comprend plusieurs salles de bal, un buffet et propose une loterie puis presque chaque année un spectacle phare clôture l’édition.

Puis à partir de 1961 le bal de l’entraide se déroule dans le cadre prestigieux du Palais de Beaulieu. L’évènement annuel devient un rendez vous mondain incontournable de la région avec robes de soirée et smokings.

Participèrent entre autres au bal de l’entraide :
- 1957 : Los Paraguayos
- 1961 : Robert Lamoureux
- 1964 : Claude Bolling
- 1965 : Bernard Haller, Claude Luter
- 1966 : Jacques Beaudoin
- 1967 : Henri Dès, Les quatre barbus, Claude Bolling
- 1969 : Mouloudji, Claude Luter
- 1970 : Anne Sylvestre
- 1971 : Barbara
- 1972 : Raymond Devos
- 1973 : Guy Béart
- 1975 : Annie Cordy
- 1976 : Gérard Lenorman
- 1977 : Gilbert Bécaud, Claude Luter
- 1978 : Juliette Gréco, Pascal Auberson
- 1979 : Claude Nougaro, Claude Luter
- 1980 : Charles Aznavour

Au cours des années 70, la soirée draine un public de plus en plus nombreux. Le montant des sommes récoltées au profit des étudiants augmente considérablement. Le bal de l’entraide devient un évènement à gros budget, une grosse machine de plus en plus difficile à gérer. Si bien que le soir du 26 janvier 1980 se déroule la dernière édition du bal de l’entraide au Palais Beaulieu avec en vedette Charles Aznavour.

Deux ans après, en février 1982 à la place du bal de l’entraide se tiendra au Palais Beaulieu une soirée sous un thème bien différent : La nuit du sport.

Malgré tout, le 16 janvier 1993, des étudiants relancent le légendaire bal de l’entraide. Le Lausanne palace accueille le bal comme 39 ans aupravant. Deux ans plus tard, les salons de l’hôtel Beaulieu rivage Palace (17 place du port) abritent une dernière édition du bal de l’entraide

Comme depuis dix ans, la 18 ième édition du bal de l’entraide occupe cinq salles du Palais Beaulieu le 23 janvier 1971 dès 21 heures.

Le magasin Bon Génie à l’angle place de la Palud et la rue du pont à Lausanne assure la location des places. Les organisateurs mentionnent : Tenue de soirée de rigueur.

Au cours de la soirée, la presse locale relèvera la présence parmi le public de Igor Markevitch chef d’orchestre ukrainien, Pierre Dudan acteur chanteur, Georges Simenon, Peter Ustinov...

Cette année, la décoration dans les salles se développe sur le thème général de la bande dessinée.

Un buffet généreux permet aux visiteurs de se restaurer.

Dans la grande salle deux jazzmen américains Bill Coleman, trompettiste, et Benny Waters, saxophoniste, accompagnés du New Ragtime Band orchestre du Jura bernois jouent en alternance avec l’orchestre genevois Ded Gerval

Au Grand restaurant L’old school Band, ce groupe fondé en 1958 par des amis joue en alternance avec l’orchestre Jean Couroyer

Dans la nouvelle salle l’orchestre Jacques Rossi invite à la valse.

Au Grill room le sextett Guy Rolland avec en attraction l’orchestre folklorique roumain de Benone Damian (violoniste 1928-2012) accueillent les danseurs .

Au Pop Club l’orchestre jamaïcain Blue Rivers et King Larry et son Liquid Light Show mêlant musique et jeux de lumières. Cet art lumineux naît dans les années 60 sur un fond de musique électronique.

Raymond Colbert anime la discothèque et à la radio romande l’émission Entrez dans la danse.

Bill Coleman
Benny Waters
New ragtine band
Ded Gerval
Old school band

Blue Rivers
Guy Rolland

Une tombola dotée de nombreux lots donne la chance aux participants d’empocher des lots de qualité .


Vers 23 heures, les salles de danse se vident. Les danseurs se précipitent dans le théâtre de 1 800 places pour écouter Barbara.

Dans une salle comble, le spectacle débute légèrement en retard vers 23 h 30 pour une heure et quart de chansons.

Sur scène, Roland Rommanelli accompagne Barbara assise à son piano noir.

Barbara propose vingt titres dont en préambule de Hop Là une intervention racontant l’histoire de la petite  Marie-Thérèse qui voulait devenir petite sœur d’amour.

La Gazette de Lausanne dans son édition du 25 janvier relate la soirée : "Il nous a été donné d’entendre des chansons d’une qualité exceptionnelle interprétées de façon magistrale par une Barbara très à l’aise, avec ce don que possèdent seules les vraies "bêtes de scène" : subjuguer une salle comble par leur seule présence..."

L’express de Lausanne dans son édition du 25 janvier décrit Barbara et le spectacle : "Toujours fidèle à elle-même, elle se recrée pourtant à chaque spectacle. Pendant plus d’une heure, elle s’est donnée à ses chansons cherchant la perfection jusqu’à faire vibrer les silences. A la fois la Belle et la Bête, elle transforme ses morsures en caresses, au gré d’un accord… A l’issue de la soirée, il fallait à tout prix se détacher de cette voix obsédante et des mélodies qu’elle est seule à pouvoir interpréter..."

Alain Kobel pour la Radio Suisse Romande (devenue Radio Télévision Suisse) enregistre le spectacle. En 2007 un coffret Barbara, Une passion magnifique paraîtra contenant l’enregistrement réalisé ce soir-là.

Au bilan, l’édition 1971 comptabilisera près de 6 000 entrées permettant un boni de 90 000 Francs suisses en faveur des étudiants.

Deux mois plus tard, Barbara reviendra en Suisse, cette fois sur la scène du Grand Théâtre de Genève.


Mars 1971

A peine deux mois après son passage au Bal de l'entraide à Lausanne, Barbara retrouve la scène suisse.

Dès le 6 mars 1971, Le Journal de Genève annonce le prochain spectacle de Barbara à Genève le 19 mars prochain. Les places peuvent être déjà louées au Grand Théâtre de Genève où se déroulera la soirée.


Genève 1971

Le Grand Théâtre, 5 place Neuve, Genève.

A l’entrée du parc des Bastions, en 1783, le Théâtre de Neuve ouvre ses portes. Après un siècle d’exploitation, le théâtre de Neuve ne répond plus aux exigences du public et des artistes genevois. L’édification d’une nouvelle salle devient une nécessité. L’ancien théâtre laissera place à un jardin en 1879.

Le canton de Genève donne un terrain de 3 000 m², face au Parc des Bastions donc face à l’ancien théâtre de Neuve pour l’édification d’un nouvel édifice.


Grand Théâtre Genève

L’architecte genevois Jacques Elysée Goss (1839-1921) en 1876 dresse les plans et supervise la construction du bâtiment. En 1875, Jacques Elysée Goss signe les plans de l’hôtel National à Genève. Par la suite l’édifice deviendra la Palais Wilson abritant le siège du Haut Commissariat des nations unies aux droits de l’homme.

L’architecte propose pour la façade principale donnant sur la place Neuve un style inspiré de l’Opéra Garnier de Paris. A l’intérieur, la salle à l’italienne en forme de fer à cheval présente un parterre et trois balcons accueillant jusqu’à 1 300 spectateurs. Dans le hall, l’atrium, les foyers les dorures ornent les murs. Il dessine des plafonds à caisson.

L’inauguration du Grand Théâtre de Genève se déroule le 2 octobre 1879 par l’opéra Guillaume Tell de Rossini.

Mais le 1 mai 1951 peu après minuit, à la suite d’un effet pyrotechnique mal maîtrisé lors d’un spectacle, un violent incendie embrase la scène et la toiture.

Alors commence la reconstruction de la salle de spectacle et la restaurations du hall, des foyers.

Les architectes Charles Schopfer (1907-1973) et Marco Zavelani-Rossi réalisent et encadrent la réalisation du chantier.

La salle entièrement détruite au cours de l’incendie est entièrement à reconstruire. Ils optent pour une architecture accordant un plus grande visibilité aux spectateurs et choisissent d’ériger une salle à l’allemande où toutes les places font face à la scène. La salle comprend un parterre et trois balcons dessinant un large arc de cercle. La scène devient la plus grande de Suisse romande. Des pistons hydrauliques sur scène permettent aux décors de surgir et disparaître. La salle accueille alors jusqu’à 1 500 spectateurs.

Le peintre décorateur Jacek Stryjenski (1922-1961) réalise le plafond de la salle et le rideau de scène. Pour le plafond il crée un ciel de métal repoussé où scintillent mille deux cents étoiles de verre.

Des carreaux de plâtre dissimulent les anciens décors ainsi que les faux plafonds du hall, des foyers. Des tons coquille d’œuf et saumon recouvrent murs et plafonds.

Le théâtre rouvre ses portes le 10 décembre 1962 après rénovation par une représentation de Don Carlos de Verdi. Abrite l’opéra et le ballet de Genève. Devient la plus grande scène de Suisse romande .

De grands noms de la danse participeront à la renommée du théâtre : Janine Charat directrice de la danse (1962-1964), Serge Golovine maître de ballet (1964-1969)

Une restauration de grande ampleur de 2016 à 2019 rendent au hall, à l’atrium,à l’avant foyer et les foyers leur dorures et décorations d’antan. Les plaques de plâtre disparaissent pour laisser réapparaître les plafonds et les moulures. Les salles du théâtres retrouvent leur splendeur d’avant l’incendie de 1951.

Grand Théâtre de Genève


Pour une unique soirée le Grand Théâtre de Genève reçoit sur sa scène Barbara le 19 mars 1971 à 20 h 45. L’organisateur de spectacles basé à Genève Maurice Verleye et Charley Marouani proposent cette représentation unique de Barbara pour 1971 à Genève. Roland Romanelli l’accompagne.

A l’issue du spectacle, devant une salle comble, Barbara et Roland Romanelli reçoivent du public une ovation.

Quelques jours plus tard la presse relate cette soirée :

- Le journal de Genève du 29 mars : Le cas Barbara
Nous avons retrouvé dans les chansons nouvelles le même sensibilité que dans les plus anciennes, de la Petite cantate au Mal de vivre, de Nantes au Soleil noir….. Pour Barbara, le triomphe qu’elle a reçut du public genevois est une consécration.

- Nouvelliste et feuille d’avis du Valais du 30 mars : De la précision technique à la perfection artistique
... D'où provient que cette chétive et frêle femme, aux gestes rares, à la toilette noire insignifiante, qui se perd sur un rideau de fond tout aussi noir, envoûte son monde, l'incorpore à ses chansons, ne le lâche plus avant qu'il soit subjugué, ravi, conquis ? Il y a d'abord les paroles de ses chansons. Elles sont intelligentes, jolies, évocatrices et elle les dit avec un charme infini. Il y a ensuite sa musique, souvent semblable à elle-même, mais toujours fine, nostalgique ou gaillarde, qui ouvre un monde inconnu de pensées oubliées et de désirs inassouvis. Il y a enfin la voix, une voix unique en son genre, presque toujours voilée, brusquement brisée, tel un appel douloureux lancé à l'amour, au bonheur… Et par-dessus tout, il y a, non pas l'ambiance, mais bien l'atmosphère que cette mince silhouette de femme, possédée par son art, sait créer dès qu'elle se met au piano. Il ne reste alors que trois taches de lumière, son visage aussi tourmenté qu'expressif, sa gorge qui halète et souffre, ses mains magiques. Barbara c'est tout un monde dans lequel le spectateur se complaît puis se perd…


Mai 1972

Genève 1972 Victoria Hall

Le premier mai, la presse genevoise annonce la prochaine venue de Barbara pour une soirée unique en Suisse, à Genève au Victoria Hall, vendredi 5 mai 1972. Le magasin Le Grand passage assure la location des places.

Victoria Hall 1972

Le journal de Genève dans son édition du 3 mai 1969 propose une interview de Barbara. Avec le journaliste se prête au jeu de la vérité et répond volontiers aux questions.
- Quelles sont les grandes dates de votre carrière ?
- Je n’ai pas de carrière…

- Pensez-vous être une vedette ?
- Pas du tout. D’ailleurs je ne chante pas dans ce but. Pour moi chanter c’est respirer. Je veux dire que je pourrais ne pas chanter. C’est mon souffle...

- Quelles sont vos qualités ?
- J’en a sûrement. Tout le monde en a. Mais ce n’est pas à moi qu’il faut les demander. C’est aux autres...
- Vos défauts ?
- Orgueilleuse, autoritaire, épouvantable… Mais interrogez les personnes qui me connaissent, elles meubleront la liste…

- Vous ne condamnez pas la médiocrité ?
- Je suis contre, c’est évident ; mais je n’aime pas non plus les faux Verlaine ou les faux machin qui jouent aux intellectuels. Je suis amoureuse de mon métier ; c’est tout. La chanson n’est pas une guerre.


Deux passions animent le Consul d’Angleterre à Genève Daniel Fitzgerald Packenham Barton (1850-1907) : la navigation et la musique. Dès 1883, il crée l’orchestre : l’Harmonie nautique. Cette homme fortuné décide d’offrir à la ville de Genève une salle de concert dédiée à la musique classique. Il confie à l’architecte genevois John Camoletti (1848-1894) le soin d’établir les plans. L’édifice se dressera 14 rue du général Dufour, à proximité du Grand Théâtre de la ville et du conservatoire de musique. Sur la façade de style Beaux arts les noms de seize musiciens s’affichent (Handel, Bach, Mandelssohn, Mozart, Schumann, Weber, Haydn, Wagner, Liszt, Beethoven, Chopin, Berlioz, Balfe, Schubert et Raff). La salle adopte un style riche en dorures de stuc dit Rococo en vogue alors. Elle comprend un parterre et deux étages de balcons en U. Dans la fosse d’orchestre jusqu’à 310 musiciens peuvent peuvent jouer. Le lieu offre une acoustique remarquable pour l’époque. Dans la salle 1 850 spectateurs peuvent prendre place. Le dispositif d’éclairage comprend 1159 lampes chacune composée de 10, 16 ou 32 bougies. Le peintre suisse Ernest Biéler (1863-1948) effectue la décoration du théâtre.

Il dédie cette nouvelle salle à sa reine : Victoria. Ainsi le 29 novembre 1894 la grande soirée d’inauguration du Victoria Hall accueille plus de 2 000 invités.

Dix ans plus tard, Daniel Fitzgerald Packenham offre le Victoria Hall à la ville de Genève.

A l’arrière de la scène, un orgue majestueux de la Manufacture des grandes orgues de Genève trouvait place en 1949.

A 3 h 45 dans la nuit retentit une sirène d’alarme le 16 septembre 1984. Un violent incendie ravage le Victoria Hall. Les flammes détruisent la salle et ses dorures ainsi que le grand orgue. La ville de Genève engage la restauration du théâtre. Les peintures de Ernest Biéler ne peuvent être restaurées. L’incendie a détruit l’intégralité des décors. Aussi la ville de Genève fait appel à un peintre contemporain le suisse Dominique Appia (1926-2017). Un grand orgue Van den Heuve remplace l’orgue initial calciné. La nouvelle conserve la style de la salle initiale avec une jauge 1 600 places.

Victoria Hall
Victoria Hall

La commune de Genève inscrit le théâtre à l'inventaire cantonal des monuments dignes d’être protégés. Le 15 septembre 1986, la ville de Genève organise une soirée concert pour la réouverture du Victoria Hall après restauration.

En 2006, débute une nouvelle restauration du théâtre visant à apporter un confort encore meilleur aux spectateurs et aux musiciens.

Victoria Hall Genève

Vendredi 5 mai 1972, 20 h 45, le rideau s’ouvre au Victoria Hall. Le public applaudit, Barbara entre en scène, s’assoit au piano. Roland Romanelli l’accompagne à l’accordéon.

Ce soir un public nombreux et plus jeune fait une ovation à Barbara.

En préambule à Hop-là elle raconte l’histoire de la petite Marie Thérèse qui voulait devenir petite sœur d’amour.

Le lendemain de la soirée au Victoria Hall la tribune de Genève et Le courrier de Genève reviennent sur le spectacle.

La tribune de Genève titre : Barbara chante le temps d’aimer et renouvelle sa légende.
" A mesure que son répertoire s’étend et se diversifie, elle n’est plus la même et, paradoxalement, elle est toujours la même. Sa plus belle histoire d’amour, c’est elle, ou n’importe quelle de ses chansons. Son apparition produit autant d’effet que par le passé, peut-être davantage….
D’un mouvement d’épaule, d’un geste du bras, d’un signe de la main, elle exprime tout, de dos ou de face. Et quand, en renversant la tête en arrière, elle isole un mot, une note, le temps suspend son vol. Quant aux variations de sa voix de médium, en sautant du grave à l’aigu, elles dérégleraient le plus résistant des oscillographes. Quelle musicienne !
On voudrait l’entendre encore, encore et encore, mais il faut savoir se quitter, selon sa formule. Évidemment, Barbara a été acclamée comme elle le méritait par une salle plus bondée et plus jeune que lors des concerts de l’OSR (orchestre de Suisse Romande) au Victoria-Hall. Mais pourquoi des "fans" l’applaudissent-ils alors qu’elle a déjà commencé à chanter ? On sait... on sait... qu’ils prétendent tout connaître d’elle."

Le courrier de Genève titre : Merci et chapeau bas.
" On se rend à un récital de Barbara comme on va à un rendez-vous d'amour. Et lorsqu'elle chante au public : "Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous", les spectateurs peuvent tout naturellement lui retourner la déclaration. On l'a constaté une fois de plus, en cette salle du Victoria-Hall remplie d'admirateurs de toutes les générations et de nombreux jeunes, il s'installe une véritable communion entre la chanteuse et ceux qui l'écoutent...
À chaque coup, c'est un peu de son âme et de son cœur qu'elle livre. Elle se donne, mais avec pudeur, grâce à une sensibilité toujours présente et une distinction de grande dame. Malgré cela, elle excelle à dramatiser ses chansons, ne serait-ce par un éclat de voix qui se déchire, qui se casse, qui n'en peut plus de tendresse ou de douleur, ou par une main qui se tend brusquement, des bras qui s'écartent, un corps qui se dresse lentement comme un papillon qui se déplie...
Et, lorsque son récital touchait à sa fin, les rappels n'en finissaient plus. Que dire de plus, sinon qu'elle ne cessa d'enchanter, qu'elle ait chanté Une petite cantate ou La solitude, Sur la place (de Brel) ou Il pleut sur Nantes, Au bois de Saint-Amand ou Göttingen. Pour tant de beauté, merci Barbara, et chapeau bas !"


Mars 1973

Après un passage de plusieurs soirs en janvier 1973 à La Tête de l’art à Paris, Barbara et Roland Romanelli entament une tournée qui les conduira en Belgique, URSS (Moscou, Leningrad), France et Suisse.

A la suite de la soirée à Strasbourg le 1 mars au Palais des Fêtes, Barbara et Roland Romanelli retrouvent la Suisse.

Chaque soir elle chante sur scène les titres suivants :

En première partie :
Intro Pierre
Chapeau bas
Madame
Sur la place
Au bois de saint Amand
Drouot
Rémusat
L’indien
Le bourreau
Les rapaces
Vienne
Perlimpinpin

En seconde partie :
Toi
Parce que
Mon enfance
A mourir pour mourir
Amours incestueuses
A chaque fois
Le soleil noir
Vienne
Ma plus belle histoire d’amour
Hop-là
Nantes
Le mal de vivre


Genève 1973

Du 24 février au 20 mars 1973, l’organisateur de spectacle Maurice Verleye (1899-1979) et l'office genevois de concerts et de spectacles montent et proposent le Festival de la chanson 1973. Cette édition demeurera la seule de ce festival. Durant cette période cinq grandes vedettes françaises se produiront à Genève au Victoria Hall et au Grand Théâtre.

Le journal de Genève dans son édition du 12 février 1973 annonce les cinq têtes d’affiche participant au Festival.

Gilbert Bécaud accompagné par Gilbert Sigrist et vingt musiciens et choristes, au cours de sa tournée suisse ouvrira le Festival le 24 février. Il chantera sur la scène du Victoria Hall

Barbara et Roland Romanelli, têtes d’affiche de la seconde soirée se produiront le 2 mars sur la scène du Grand Théâtre à 20 h 30.

Michel Fugain et le big bazar, le 6 mars s’installeront pour un soir au Victoria Hall

Trois jours plus tard, ce même théâtre accueillera Georges Brassens. En première partie Joël Favreau, Marie-Thérèse Orain et Pierre Louki se partagent la scène. Suivra en seconde partie Georges Brassens accompagné par Pierre Nicolas.

Pour la dernière soirée du Festival, le Victoria Hall, le 20 mars reçoit Julien Clerc avec en première partie Carlos, Yvan Dautun et le groupe Il était une fois.



Une fois encore le public genevois offre une ovation à Barbara et Roland Romanelli.

La presse genevoise relate cette soirée au Grand Théâtre.

La Tribune de Genève du 3 mars : Barbara plus tragique
"… Que ferait-on sans elle ?… La salle décolle dès que Barbara entre en scène. La magie reprend… Avec elle, c’est toujours la première fois, comme chaque fois… La chanson, qu’on dit art mineur, en est un majeur avec Barbara… Barbara reste de plus en plus à son piano. Elle déambule de moins en moins, la tête rejetée en arrière. Évidemment, comme elle disait avec esprit, elle n’avait pas envie de tomber dans la fosse d’orchestre... Cependant, lors de la seconde partie, elle se releva pour présenter sur un mode nouveau l’histoire de la petite sœur. Et elle esquissa quelques pas de danse qui valaient infiniment mieux que le tango de Brando… Dans l’ensemble, la tonalité de son récital était à la nostalgie, si ce n’est au tragique… Mais à quoi sert de recommencer le même éloge, si ce n’est pour dire qu’à mesure que son répertoire s’étend et se diversifie, Barbara est toujours unique, la plus belle… Comme elle l’a dit, l’artiste était superbement accompagnée par Roland Romanelli à l’accordéon, qu’il transforme en un instrument noble, et au piano électronique. Par exemple, ses mains sur le clavier dessinaient d’immenses ombres sur un côté de la salle. Mais tout ce qu’elle exprime se projette dans une dimension sans pareille. Oui ! sur scène, la plus belle histoire d’amour, c’est Barbara. Faut-il ajouter qu’elle a triomphé une fois de plus au Grand-Théâtre ?"

Le courrier de Genève du 3 mars : La perle Barbara par Georges Gros
"La plus belle histoire d'amour de Barbara c'est celle qu'elle vit avec son public… C'est que le cercle des amis de cette chanteuse, à nulle autre pareille, ne cesse de s'agrandir. Chaque admirateur se retrouve dans les chansons de Barbara. Il retrouve les sentiments qui l'habitent au gré de son existence. Solitude, chagrin, douleur, amitié, tendresse, passion. Et, à chaque coup, la chanteuse vous saisit à la pointe du cœur, avec cette voix frémissante et habitée de tempêtes, ces éclats discordants, cette infinie douceur finissant par se marier avec le silence. C'est, précisément, au silence de ceux qui l'écoutent qu'on peut peser la densité de la communion qui s'est établie entre cette dame de velours noir à la longue silhouette et ceux qu'elle captive… De cette union j'ai mesuré l'aune en voyant perler des larmes aux paupières de ma jeune voisine inconnue. Qu'il est long, en effet, le chemin parcouru en quelques années du Théâtre-Club au Grand Théâtre… Ses yeux se ferment, son cou se tend comme si elle voulait pénétrer au plus profond d'elle-même pour mieux goûter toute la richesse de l'instant… Une œuvre de Barbara n'est pas un instant qui passe comme un sourire qui a tôt fait de s'éteindre à peine esquissé. A la manière des chants des oiseaux, les mêmes depuis des millénaires, elle est une chose qu'on ne peut plus oublier. C'est pourquoi dans un tel récital le public goûte, avec le même plaisir sans mélange, les plus anciennes chansons et les toutes nouvelles. L'ensemble forme un tout qui ne cesse, au gré des années, de s'enrichir. A voir l'ovation interminable qui fut faite finalement à l'artiste, je ne puis que répéter, c'est avec son public que Barbara vit sa Plus date histoire d'amour."

Le journal de Genève du 5 mars titre: Barbara : Le même triomphe.
"Vendredi soir, au Grand Théâtre, ce fut un nouveau triomphe de Barbara. Un succès semblable aux précédents….. Barbara nous emmène sur des chemins où le chagrin nous égare, où l’on sans rencontre cesse le hasard. Ces chemins nous sont connus, mais on suivrait cent mille fois la dame en noir…"


Poursuivant la tournée, le lendemain ils se produisent à Besançon au Théâtre municipal pour le jour suivant à Dijon au Grand Théâtre. Puis le 5 mars, Barbara et Roland Romanelli s’installent au Théâtre municipal de Lausanne pour un soir.


Lausanne 1973


Au soir du 5 mars à 20 h 30 débute la soirée devant une salle comble du Théâtre municipal de Lausanne.

Le journaliste de la Gazette de Lausanne dans son édition du 8 mars ne semble pas avoir apprécié la prestation de Barbara. Il titre : Barbara, désespérément fidèle à ses thèmes favoris…

"Barbara on adore ou on déteste" disent les connaisseurs. Cette assertion n’est plus tout à fait vraie. Il y avait place, lundi soir au théâtre municipal pour une indifférence polie ou une tiède satisfaction…. Dans ces dernières chansons elle reste fidèle à ses thèmes favoris : la rose, la couleur noire, la main dans les cheveux ou dans le creux des reins et les souvenirs perdus… C’est dans l’ironie que Barbara conserve le mieux sa fraîcheur… Elle gardera ses inconditionnels, ceux qui comme elle vivent dans la tentation des souvenirs interdits de l’enfance et ne se lassent pas, même dans un âge bien mûr, de dire qu’il faut mourir à l’âge tendre…

Cet article semble à contre courant de ceux de ses autres confrères ayant assisté aux autres soirées de cette tournée suisse. Est ce simplement un journaliste avec qui le courant n’est passé ? Un journaliste meurtri par un refus ou une remarque de la femme qui chante !


Après deux soirées en Suisse, Barbara poursuit la tournée qui la ramène quelques jours en France dont à Lyon le 10 mars.

Au soir du 22 mars, Barbara et Roland Romanelli retrouvent une scène suisse à Berne au Théâtre municipal.


Berne 1973

Théâtre municipal, 20 Kornhaussplatz, Bern

L’architecte René von Wurstemberger (1857-1935) dresse les plans du futur théâtre municipal de Berne. L’architecte façonna aussi la physionomie de la ville de Berne par ses réalisations diverses. Il propose un théâtre à l’italienne de style néo baroque, en fer à cheval avec trois étages de balcons avec une jauge 1050 places. L’artiste suisse Ernest Biéler (1863-1948) peint le plafond de la salle en 1903.

Une soirée de gala convie le public bernois à l’inauguration du nouveau théâtre le 25 septembre 1903. La foule applaudit chaleureusement l’architecte et son œuvre. La soirée s’ouvre par les notes Iphigénie en Aulide de Gluck jouées par l’orchestre municipal dirigé par Paul Wolf.

S’ensuit un prologue en vers écrit par l’écrivain bernois Joseph Viktor Widmann (1842-1911)

La soirée se termine par une représentation de l’opéra de Richard Wagner Tannhauser.

Théâtre Bern

En 2015, une rénovation apportera au théâtre des équipements modernes et de nouveaux sièges. Alors la salle pourra accueillir jusqu’à 650 spectateurs.

Le théâtre municipal de Berne devient en 2011 le Bühnen Bern et proposera jusqu’à quatre cents représentations par an.

Bühnen Bern


A 20 h le spectacle commence au Théâtre Municipal. Barbara chante en français devant un public majoritairement germanophone.


Théâtre municipal Berne

Les jours suivants la presse locale revient sur la soirée.

Der Bund 25/03 Titre : Chanter passionnément
... Barbara appartient à ce cercle restreint de chanteurs de la chanson française qui suscitent la fascination par leur talent musical et la sensibilité humaine de leur intellect et leur esprit… Barbara, qui s'accompagnait au piano était soutenue avec une sensibilité exemplaire par l'accordéoniste Roland Romanelli. Elle s'est montrée particulièrement convaincante dans des passages empreints d'une tristesse tranquille lorsqu'elle a chanté la salle des ventes où une femme vieillissante voit les témoins silencieux de son passé partir sous le marteau... La toujours délicieuse "Petite cantate" a fait fondre les dernières résistances visibles: Barbara a conquis Berne avec son charme et son "esprit parisien".

Berner Tagwacht 26/03 Titre : Barbara est Barbara
La chanteuse a tout donné lors de son apparition unique au théâtre de la ville en compagnie de Roland Romanelli,
son compagnon musical de longue date, tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle pouvait donner ce soir-là : Brel, Brassens, Ferré, Barbara… A l’image de ses chansons, elle est délicate et forte à la fois, fragile, indestructible...


Pour clôturer la tournée suisse de 1973, la femme qui chante et son accordéoniste se produisent à Neuchâtel le 23 mars pour un soir à la Salle des conférences. Dix jours avant la soirée, la presse locale annonce la venue de Barbara.


Neuchâtel 1973


La soirée commence à 20 h 30 dans la grande salle de la salle des conférences. La location des place débute dix jours plus tôt à la librairie Reymond et à l’agence Strübin, toutes deux à Neuchâtel, 5 rue saint Honoré.

Annonce spectacle

La presse locale évoque cette soirée :

FAN (feuille d’avis de Neuchâtel) – L’Express du 24 mars : Une prêtresse de la poésie : Barbara
Le public de la Salle des conférences était recueilli, vendredi soir, pour la réentendre. Barbara, c'est une prêtresse de la poésie qui captive, charme, envoûte en racontant tout simplement ses joies et ses peines. Une trentaine de chansons, accompagnées magistralement par Roland Romanelli.
Des mots simples qui se suivent sur une musique douce, une voix chaude et tendre, aux accents sensuels et le miracle de la poésie s'accomplit. Barbara, c'est comme un culte…


Avril 1974

Genève 1974

Le 19 avril 1974, La Tribune de Genève annonce le prochain spectacle de Barbara en Suisse. Pour une soirée unique en Suisse elle chantera à Genève au Victoria Hall le 21 avril.

Les spectateurs peuvent louer les places soit à l’entrée du Victoria Hall soit au Grand Passage grand magasin genevois.

Dans cette même édition, le journal à la rubrique télévision mentionne que la TSR diffusera à 21 h 35, samedi 20 avril, l’émission bimensuelle Les oiseaux de nuit présentée par Bernard Pichon. Et ce soir il invite sur son plateau Barbara.


21 avril 1974

Tim Newmann et Alexandre Surscock organisent et produisent la soirée.

Ce dimanche 21 avril, devant une salle comble le spectacle débute à 20 h 30.

Au cours de la soirée Barbara conjure les éléments contraires du jour.

Dehors régnait un froid vif et le public semblait aussi saisit par ce froid. Mais vite elle réchauffa la salle qui ne cessa de l’applaudir.

Puis les techniciens durent faire des prouesses pour éliminer les grésillements persistants venant du micro.

En fond de scène un escalier permet d’accéder au plateau du Victoria Hall. Malgré sa forte myopie elle jugula habilement cet obstacle pour s’installer au piano accompagnée par Roland Romanelli.

Le répertoire du jour comprend plusieurs titres de son dernier disque La Louve paru l’année précédente. Elle interprète l’essentiel du répertoire proposé quelques semaines plus tôt sur la scène du Théâtre des Variétés.

Dans leurs éditions du lendemain les deux principaux titres de la presse genevoise chroniquent la soirée au Victoria Hall : Le courrier de Genève : L’envolée de L’aigle noir et La Tribune de Genève : Barbara ou un prodigieux exercice de funambule.

Le Courrier de Genève : "Barbara, en ce dimanche soir, a connu dans la salle du Victoria Hall certainement son plus grand triomphe depuis qu'elle chante dans notre ville…. Très grande dame, embellie d'une lumière intérieure, elle se donne entièrement à son public et pour l'auditoire, en définitive, la plus belle histoire d'amour, c'est elle, à n'en pas douter… Tout a donc contribué au triomphe qui-lui a été fait et, de toute évidence, ce fut pour elle une soirée de bonheur. "

La Tribune de Genève : "Diaphane, réduite à une épure, Barbara a quelque chose d’intensément fragile. Cependant, sans rien perdre de son extrême sensibilité, elle a l’air moins tragique que par le passé... Quelle comédienne ! Avec ses gestes fléchés et ses inflexions de voix qu’elle sait moduler à plaisir, Barbara arrive à exprimer des choses indicibles. Qu'il s’agisse de poésie ou de sophistication moqueuse, pour ne pas dire d’espièglerie, hop-là ! … Elle est magique. Elle s'incline. On s’incline devant ce récital sans égal. On voudrait que le régal continue. Mais il faut savoir se quitter... "


Janvier 1975

Saint Imier 1975

L’Impartial et le Journal du Jura annoncent dès le 1 novembre 1974 le prochain spectacle de Barbara à Saint Imier en fin de mois.

Au cœur du Jura Suisse dans le canton de Berne, au fond du vallon de Saint Imier ou Erguël , le long de la Suze, à 820 mètres d’altitude se trouve la ville de Saint Imier. Cette commune de 5 200 habitants à quinze kilomètres de la Chaux de Fonds vit naître les grandes industries horlogères suisses : Longines, Breitling, TAG Heuer. En 1950, naquit à Saint Imier la petite Isabelle von Allmen future grande dame de l’humour : Zouc.

Depuis la fin des années soixante, le Centre de Culture et de Loisirs (CCL) anime la vie culturelle de la ville avec des projections de films, des pièces de théâtres, des spectacles musicaux dans sa petite salle de 600 places. Le centre de culture et de loisirs mène son activité au 6 rue de la Zouc en centre ville. Au cours des dernières années le centre de culture et de loisirs accueillit : Michel Jonasz, Barbara Hendricks, Jamait, Gaspard Proust, Nicolas Fraissinet, Michel Bülher, Daran, La Madeleine Proust, Anne Roumanoff, Stéphane Guillon, Michel Boujenah, Sarcloret…

CCL St Imier

La population et Le centre de culture et de loisirs attendent avec impatience le spectacle de Barbara. Quelques jours plus tôt les organisateurs annoncent que plus aucune place n’est disponible. Mais la veille de la soirée, un membre de l’équipe de Charley Marouni appelle les organisateurs. Barbara, souffrante, ne pourra pas assurer la soirée prévue. Ce n’est que partie remise puisque ensemble ils fixent une nouvelle date : mercredi 8 janvier 1975. Les billets vendus demeurent valables pour le prochain rendez-vous.



Au soir du mercredi 8 janvier 1975 à 20 h 30, devant la salle comble du Centre Culturel de saint Imier commence le spectacle. La soirée à Saint Imier demeure le seul passage pour l’année de Barbara sur une scène suisse. Quelques jours plus tard elle entamera une séries de récitals à Bobino.

Accompagnée par Roland Romanelli, elle interprète les titres dernièrement enregistrés : La Louve, L’homme en habit rouge, Marienbad, Vienne ainsi que ses grands classiques : Le mal de vivre, Nantes, L’aigle noir….

Le public fait une ovation à Barbara.

Dans son édition du 10 janvier 1975, le quotidien L’Impartial dans un article relate la soirée :
"Les belles choses se passent de commentaires. On les goûte, on les savoure, on les déguste….

Barbara, c’est toute une atmosphère intimiste, une complicité de cabaret grandi, une chaleur communicative, un organe et un cœur que l’on entend respirer. C’est la tendresse servie par une voix aux modulations prenantes, aux étouffés chaleureux, qui varie dans une gamme très personnelle….

Une grande soirée."

Un mois plus tard, Juliette Gréco chantera en ce lieu le 6 février. En l’espace de trois mois la petite salle de Saint Imier se forge une réputation de lieu incontournable de spectacle avec les passages de Claude Nougaro en décembre, Barbara en janvier et Juliette Gréco en février.

Le Journal du Jura du 19 mars 1975 annonce que la cité de Saint Imier remercia Claude Nougaro, Barbara et Juliette Gréco. En signe de gratitude la cité de l’horlogerie offrit à chacun des trois artistes une montre en argent issue de la collection créée par Serge Garzon pour Longines. De 1969 à 1972, Serge Gazon dessina plusieurs séries de montres pour la maison Longines. Chacune des montres conçues rappellent par leur design une boucle de ceinture.



Février 1977

Le Locle 1977

En Suisse, bordant la frontière avec la France, dans le canton de Neuchâtel, au cœur des montagnes se trouve la commune de Le Locle. Non loin de La Chaux de Fonds, étagée entre 907 et 1312 mètres d’altitude, les 11 000 habitants de la commune vit de l’industrie horlogère avec Tissot, Zénith, Rolex, Montblanc… Avec son urbanisme horloger la ville s’inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les journaux L’Express et l’Impartial annoncent le prochain spectacle de Barbara dix jours plus tard à Le Locle jeudi 10 février 1977 au Casino Théâtre de la ville. Le bureau de tabac Gindrat, place du marché, se charge de la location des places.

Barbara, Le Locle 1977

La Société des Amis du Théâtre organise au Casino Théâtre le sixième spectacle de l’année 1977 avec la venue de Barbara.

Devant une salle pleine, à 20 h 15 débute la soirée. Accompagnée par Christian Piget à l’accordéon elle propose au public loclois les chansons interprétées à Bobino en 1975.

Le lendemain, la salle revient au septième art avec la diffusion du film de Claude Lelouch : Le bon et les méchants.

Les journaux L’express et L’Impartial dans leurs éditions du 12 février consacrent un article au spectacle donné au Locle, titrant respectivement : Une voix, mais surtout une présence et Fascinante et étrange Barbara.

L’express du 12 février :
Sous le feu des projecteurs, Barbara est une énigme: chez elle, tout n'est que contrastes et ses traits reflètent tour à tour la tendresse et la violence, la nostalgie et la révolte.

Barbara ne vieillit pas et n'adapte pas son style au goût du jour. Elle semble être véritablement hors du temps.
Si la présence sur scène de Barbara est un sujet d'admiration, sa voix, elle aussi, a de quoi charmer. Limpide comme une glace bien lisse, elle se confond admirablement avec la musique d'accompagnement et n'est jamais en décalage par rapport au texte.
Devant son piano ou debout face à un public qui ne lui a pas ménagé ses applaudissements, Barbara a prouvé jeudi soir qu'elle restait une des valeurs sûres de la chanson française en même temps qu'une artiste originale et attachante. C'est beaucoup lorsqu'on appartient à une corporation dans laquelle il est difficile de figurer longtemps dans le peloton de tête. Mais heureusement, il y aura toujours des personnes pour apprécier la véritable classe .

L’Impartial du 12 février :
Mais quand elle entre en scène, longue silhouette tout de noir vêtue et qu'elle pénètre dans le cercle lumineux de son piano, alors apparaissent ses traits, nets comme le profil d'une médaille, son regard incisif, on se prend aussitôt à songer qu'il faudra percer son mystère, cette sorte de carapace dont elle paraît s'être fortifiée, tâche infiniment plus difficile que celle de gagner le public car, là aussi, Barbara par sa personnalité et l'étrange fascination qui émane d'elle se joue de la difficulté avec une aisance totale, d'un tour de main, cette main qui virevolte parfois dans un rais de lumière pour évoquer une envolée poétique ou pour mieux asséner quelque vérité.
Sa poésie est à la mesure de son talent, sa musique également, nuancée, intelligente, toutes deux au service d'une voix à nulle autre pareille, presque toujours voilée, avec des modulations où se décèlent parfois d'imperceptibles fêlures, une voix que l'on souhaiterait ardemment entendre une seule fois sans sonorisation pour en mieux sentir la profonde résonance.
Une salle chaleureuse, des applaudissements frénétiques auront fait comprendre à Barbara qu'elle avait établi ce contact humain qu'elle souhaite et qu'une fleur déposée discrètement sur la scène, un amaryllis a mieux que toute autre fleur concrétisé.

En octobre 1977, Catherine Lara proposera ses chansons aux loclois au Casino Théâtre.


Mars 1977

Une nuit de février 1977, un incendie se déclare à Précy. Les flammes font tomber une cheminée dans la chambre. L’incendie n’endommage pas les instruments de musique, le cendres recouvrent la partie habitation.
Durant les travaux pour réparer les dégâts de l’incendie Barbara décide de repartir en tournée.
Pour l’accompagner, le musicien Christian Piget remplace Roland Romanelli pris dans d’autres engagements.

Sion 1977

Cette nouvelle tournée en Suisse débute par une soirée à Sion au Théâtre de Valère le jeudi 10 mars 1977.

La colline de Valère domine la ville de Sion avec sa basilique (ancienne église fortifiée). En contre bas de la basilique, les jésuites créent un collège avec l’édification de bâtiments et d’une église. Jouxtant l’église, les jésuites transforment l’ancienne résidence épiscopale en théâtre en 1758. A la suite du déménagement de l’école dans de nouveaux locaux en 1892, l’ancien théâtre devient théâtre de Sion. Doucement, la salle tombe en ruine, avec des courants d’air, des murs lépreux… Une restauration importante débute en 1944 pour rendre le théâtre attractif et accueillant. Ce théâtre à l’italienne (22 rue du vieux collège) doté d’une scène de 10 sur 12 mètres accueille 350 spectateurs installés sur le parterre et sur un balcon sur les cotés salle et en fond face à la scène. Le 8 mai 1945, le Théâtre de Valère rénové ouvre ses portes avec la pièce La servante d’Evolène (pièce tirée d’une légende valaisanne). Onze ans plus tard la salle se dote d’un foyer.


Théâtre de Valère
Théâtre de Valère
Théâtre Valère

Le Théâtre de Sion devient le Théâtre de Valère. La salle reçoit des concerts de musique, du théâtre, des remises de prix...

En 1976 une nouvelle rénovation apporte des équipements techniques modernes.

Le Petit Théâtre et le Théâtre de Valère s’unissent pour devenir Spot en 2021.


Dès le 2 mars 1977, le journal Le Nouvelliste annonce le prochain spectacle de Barbara à Sion. L’association Les amis de Farinet organisent la soirée.

Sion 1977

Le spectacle débute à 20 h 30 ce jeudi 10 mars 1977 au Théâtre de Valère à Sion. La librairie Pferfferlé 2 rue du Rhône à Sion se charge de la location des places.

Dans la première partie de la soirée, un problème de sonorisation déstabilisa Barbara, l’irritant et la rendant nerveuse. Le problème technique résolu elle offrit au public une soirée merveilleuse.

Ce soir-là, restant debout dans le fond de la salle, un spectateur n’avait pas pu obtenir une place. Il venait en voisin depuis Icogne à 13 kilomètres de là écouter et retrouver son amie. Une fois le spectacle terminé, Charles Aznavour retrouva Barbara dans sa loge.

Dans son édition du 12 mars, le journal le Nouvelliste relate la soirée en titrant : Le triomphe de Barbara à Valère.
"Silhouette longiligne, toute de noir vêtue, voix chaude et émouvante, assise à son piano, Barbara a présenté, au public sédumois du Théâtre de Valère, le personnage à la fois fragile, fascinant et émouvant qu’elle a su devenir tout au long de sa carrière."
"Après l’entracte, cependant, le tour de chant prit sa pleine dimension. La chanteuse sut tenir en haleine le public grâce aux éternels succès que sont Pierre, Nantes, La solitude ou encore L’aigle noir."

Le journal Le confédéré titre : Barbara fait salle comble.
"Avec sa voix douce au timbre particulier, ses paroles, ses métaphores qui se glissent dans les mots, elle a su plaire et montré toutes les facettes de son immense talent..."


Zurich 1977

Le lendemain, 280 kilomètres plus au nord-est la tournée se poursuit pas une soirée à Zurich.

Au cœur de Zurich, sur l’Helvetiaplatz à l’intersection de la Ankerstrasse et de Stauffachertrasse s’élève en 1910 la maison du peuple (Volkshauss) de Zurich. L’entrée principale se trouve au 60 Stauffacherstrasse. Le bâtiment abrite des amphithéâtres, des salles de réunions, des bureaux syndicaux, des appartements, un restaurant, une librairie en sous-sol des bains publics. La Volkshauss se dote en 1928 d’une salle de spectacles. La Theatersaal accueille jusqu’à 1 200 spectateurs prenant place au parterre et sur un balcon sur les cotés et en fond de salle face à la scène. De grand travaux de modernisation se déroulent en 2021.


Maison du peuple Zurich
Maison du peuple Zurich

La Theatersall de la maison du peuple reçut sur sa scène les passages de  : Sidney Bechet, Sonny Rollins, Lionel Hampton, Thelonuis Monk, Françoise Hardy, Dizzy Gillespie, Ella Fitzgerald, Deep Purple, Alice Cooper, Fats Domino, Georges Moustaki, Mikis Théodorakis, Juliette Gréco, AC/CD, Nina Hagen…


Le journal local Neue Zürcher Zeitung annonce dès le 9 mars le prochain spectacle de Barbara deux jours plus tard à la Maison du peuple de Zurich.

Zurich 1977

Les spectateurs peuvent acheter les places pour la soirée dans quatre lieux distincts de Zurich : Jeclin 30 Ramistrasse (magasin instruments de musique), Jelmoli (grand magasin) 1 Seidengasse, Kuoni (agence de voyages) 7 Banhofplatz, Gusti Schmid (prêt à porter hommes)2 Kornhausbrucke.

Comme pour chaque passage dans des régions non francophones de Suisse, le public se fait moins nombreux. Par contre comme à chaque fois, le public se montre chaleureux et ravi.

Le Neue Zürcher Zeintung du 16 mars titre : Barbara à la Maison du peuple.
"Cette femme en noir, qui chante toujours en deuil pour honorer sa mémoire, dégage avec sa voix expressive et claire, ses gestes sobres et son accompagnement au piano virtuose et ses chansons pour la plupart écrites par elle-même, une puissance qui captive ses auditeurs."
"Elle réfute l’idée qu’elle fasse de la musique intellectuelle, affirmant que ce ne serait pas un compliment pour les intellectuels, et pourtant elle chante des chansons engagées politiquement comme Le soleil noir et Göttingen."


Neuchâtel 1977

Après Sion, Barbara chantera le lendemain à Neuchâtel, 160 kilomètres à l’est.

Le temple de l’hôpital de Neuchâtel devenait trop exigu. La communauté décida en 1695 de la construction d’un temple dans la ville basse. L’inauguration du nouveau lieu de culte se déroule le 13 décembre 1696. Sept ans plus tard, Joseph Humbert-Droz l’architecte du projet initial procède à un premier agrandissement de la salle. Au cours des ans, la décoration devient de plus en plus chargée, le bâtiment accuse le poids des ans. Une rénovation de la salle débute en 1933. La décoration retrouve simplicité et fraîcheur.


Neuchatel 1858
Neuchatel 1933

Entre 1973 et 1974 une nouvelle rénovation s’impose. La salle deviendra en plus d’un lieu de culte une salle de spectacles moderne. L’ancienne salle des conférences devenue vétuste le Temple du bas (5 rue du temple neuf) accueillera les manifestations. Une grande tribune en béton en fond de salle fait face à la scène. Des escaliers latéraux donnent accès à la tribune. En octobre 1974, la salle des conférences ferme définitivement et le Temple du bas ouvre ses portes. Désormais la salle devient modulable recevant de 700 à 800 spectateurs.


Temple du bas Neuchâtel
Temple du bas Neuchâtel
Temple du bas Neuchâtel

La scène du Temple du bas recevra : Bernard Lavilliers, Stéphane Eicher, Diane Dufresne, Charles Trénet, Francis Cabrel, Yves Duteil...


Dès le 4 mars, le journal La Feuille d’avis de Neuchâtel – L’express annonce le prochain spectacle de Barbara à Neuchâtel le 12 mars prochain au Temple du bas. Le magasin d’électro-ménager Jeanneret & Cie (26 rue du Seyon à Neuchâtel) effectuera la location des places.

Neuchatel 1977

Ce samedi soir, grand évènement à Neuchâtel, le spectacle débute à 20 h 30 devant une salle bondée et enthousiaste.

Le journal FAN – L’express du 15 mars titre : Barbara au temple du bas : un magnétisme certain
"Dans un cadre sans artifice, jouant elle-même au piano ou accompagnée par Christian Piget à l’orgue, Barbara dégage pourtant une impression de plénitude."
"Barbara se situe essentiellement dans un carde dialectique et métaphorique. Puisant son répertoire dans l’enfance, elle se confine dans un univers qui n ‘a ni commencement, ni fin."
"L’artiste réussit à imprimer par sa respiration et son sens musical une cadence subtile, mais suffisante dans le cadre de son répertoire."
"Situant l’enfance dans les lieux ouverts et la mort dans un lieu fermé, elle exprime ainsi la dialectique qui naît inévitablement entre un univers extraverti et l’homme introverti."
"Par la clarté de sa voix, par la richesse de ses textes Barbara a su créer une atmosphère que le public neuchâtélois a bien comprise et appréciée."


Genève 1977

Après un trajet de 120 kilomètres, pour la dernière date de la tournée Barbara retrouvera le Grand Théâtre de Genève le mardi 15 mars à 20 h 15.

Certainement entre la soirée à Neuchâtel et celle de Genève 3 jours plus tard, elle rendit visite à son ami le photographe Marcel Imsand à Lausanne.


Les colonnes de La Tribune de Genève annoncent dès le 4 mars le prochain spectacle de Barbara à Genève. Les guichets du théâtre assurent la location des places.

Genève 1977

Barbara retrouve la scène du Grand Théâtre après ses passages en mars 1971 et mars 1973.

Le lendemain du spectacle le journal La tribune de Genève relate la soirée en titrant : Les noces de Barbara.
"Barbara là, tout avait changé dans la salle. C’était un véritable éclat de jeunesse, aux balcons comme au parterre. Une marche triomphale. Il s’agissait pourtant d’un simple récital, unique. L’étrange Barbara semble étrangère au culte dont elle est l’objet."
"Médium, elle module ses mélodies si connues comme pour la première fois, avec de déchirantes ruptures de ton, l’air de trouver ce qu’elle cherchait depuis longtemps."
"Elle exprime sa poésie sans opéra. Alors sa beauté est mouvement, désir, cri ou murmure, effet de sa liberté. Barbara n’a d’autre rivale que sa propre image."
"Somnambule qui se déploie ou se replie tel L’aigle noir, elle trace des idéogrammes dans l’espace."
"On est touché. Il faut qu’elle revienne ! Elle revient chanter Dis quand reviendras-tu ?"
"Quant au public, il n’a pas tort de l’acclamer pour qu’elle ne parte plus. Mais il devrait aussi penser que l’immense plaisir qu’elle dispense en un soir représente peut-être son mal de vivre, la difficulté d’être Barbara."


Octobre 1987

Genève 1987

En bordure du lac Léman dans le quartier des Paquis, l’entrepreneur François Durel (1856-1906) entreprend la construction du Grand Casino ou Kursaal. L’architecte John Camoletti de Cartigny (1848-1884) dresse les plans des bâtiments érigés de 1884 à 1885.

Ce nouvel établissement comprend une salle de jeu, un restaurant, une grande terrasse et une salle de spectacles.

La première guerre mondiale stoppe l’extension du Grand Casino. La ville de Genève rachète en 1921 les murs à la suite de cessation d’activité du Casino. La ville alors développe l’activité de spectacles de la salle.

De 1952 à 1962, la salle abrite les spectacles du Grand Théâtre de Genève à la suite de l’incendie des locaux du théâtre de la place Neuve.

Les locaux s’avèrent vétustes et mal adaptés aux contraintes techniques. Cette constatation conduit à la fermeture de la salle en 1965 puis à sa démolition en 1970.


Casino Kursaal Genève
Hôtel Noga Hilton et Grand Casino Genève

Les architectes André Gaillard, René Favre et Jean Hentsch créent un complexe incluant un hôtel de luxe et une salle de spectacle. En 1980 le public découvre l’Hôtel Noga Hilton avec ses 412 chambres et suites. Sous l’établissement de tourisme s’ouvre le Théâtre du Grand Casino avec ses tentures et rideaux rouges, ses 1 323 places et une salle de jeu. A l’aube de des années 2000 le Grand Théâtre du Casino devient le Théâtre du Léman.

Théâtre du Léman

L’hôtel de luxe change plusieurs fois de mains pour devenir le Fairmont Hôtel Geneva.

La direction de l’Hôtel entame des travaux de grande envergure de modernisation et de rénovation en 2024. L’hôtel ferme temporairement ses portes ainsi que le Théâtre du Léman. La salle de spectacles bénéficiera aussi de travaux de modernisation.

Après plus de deux ans de fermeture l’Hôtel et le Théâtre du Léman offriront un confort meilleur aux visiteurs.



Après presque un mois de spectacle au Châtelet, Barbara et ses hommes entament une tournée en octobre 1987. Cette tournée commence par deux jours en Suisse à Genève vendredi 16 et samedi 17 octobre 1987. Elle retrouve le Théâtre du Grand Casino de Genève où elle chanta en février 1982.

Jack Yfar dirige le Théâtre du Grand Casino et organise les spectacles. Les magasins Le grand Passage rue du Rhône à Genvève et La Placette place Grand Saint Jean à Lausanne assurent la location des places.

Genève 1987

Barbara reprend les titres interprétés lors des soirées au Châtelet entourée de son quatuor de musiciens, Marcel Azzola, Gérard Daguerre, Michel Gaudry et Jean-Louis Hennequin, devant une salle comble.

A la suite des spectacles donnés à Genève, Le journal de Genève dans son édition du 19 octobre revient sur les soirées au Théâtre du Grand Casino. Le journaliste titre son article : Barbara magicienne.
Puis il raconte les représentations :

" Il y a dans la qualité de sa présence une intensité une force de conviction et de communication qui a enthousiasmé les plus septiques des spectateurs…
Sur scène Barbara est magicienne. Tout ce qu’elle touche, tout ce qu’elle ce qu’elle fait, tout ce qu’elle chante se transforme en émotion pure... C’est rare que les histoires d’amour d’une chanteuse rencontrent si parfaitement l’histoire d’amour d’un public. On avait rarement vu un tel enthousiasme au Grand Casino..."

Après deux soirs de spectacle à 20 h 30 elle reprend la route pour rejoindre le lendemain Chambéry en Savoie.


Novembre 1990
Genève 1990

A la suite des spectacles donnés à Mogador au début de 1990, Barbara et ses hommes partent en tournée. La tournée se poursuit en automne. Barbara chanta précédemment en Suisse et à Genève en 1987.

Après le Palais des sports de Marseille le 7 novembre, tous retrouvent la scène genevoise vendredi 9 et samedi 10 novembre. Ces deux dates demeureront les seules escales en Suisse de Barbara pour cette tournée.

Genève 1990



Deux soirs de suite, Barbara retrouve la scène du Grand Casino de Genève à 20 h 30. L’entourent de Gérard Daguerre, Mahut, Sergio Tomassi. Elle propose les titres interprétés quelques mois plus tôt sur la scène de Mogador.

A la sortie de la salle, Barbara mit à disposition du public des corbeilles de préservatifs.

La presse genevoise se fait l’écho des soirées données au Grand Casino.

La Tribune de Genève du 10 novembre titre : Barbara : L’émotion et l’exubérance.
" … Attachante, émouvante, avec une folle envie d’être là, de nous emmener dans son théâtre… Moins mystérieuse peut-être, mais toujours aussi déconcertante, puissante… La voix a couru les années, elle est devenue plus rauque, mais elle sait encore suivre la ligne de l’émoi, ou bien du désespoir… Mais l’étonnement, c’est que Barbara ait gagné en clarté, en exubérance… Claude Farine "

Le Journal de Genève du 12 novembre titre : L’alchimie Barbara à soixante ans.
" … Rien n’est jamais univoque chez elle qui, belle, triomphante, émouvante, fascinante toujours, vous redonne le goût de cet art difficile et décimé de la chanson française… Un tour de chant ? Non, un envoûtement, proprement extatique, sécrété comme une essence rare… Et d’un bout à l’autre du spectacle, l‘émotion demeure, elle tend jusqu’à cette pureté où la voix est si prenante que parfois les mots qu’elle porte deviennent volatils… Standing ovation, donc, pour une artiste qui reste en-deça des éloges, car jamais elle ne succombe au confort du temps qui passe… Olivier Perrin "

La tournée se poursuit en France par une soirée à la Bourse du Travail de Lyon le 14 février.


Décembre 1991

Morges 1991

Salle Théâtre de BeausobreSur les rives du lac Léman, douze kilomètres à l’ouest de Lausanne, la ville de Morges s’étend. Les 18 000 habitants de la commune vivent entre les côteaux plantés de vignes et les eaux sages du lac.

En 1986, la commune édifie un dans le parc de Beausobre un ensemble comprenant un collège, une école de musique et un Théâtre. L’inauguration du Théâtre de Beausobre se déroule le 3 mai 1986 avec un opéra bouffe.

L’architecte Pierre Grand propose un lieu aux lignes claires, un espace épuré et fonctionnel. La grande salle accueille jusqu’à 857 spectateurs tout en étant modulable à 450 ou 150 sièges. Au pied de la scène d’une profondeur de 10 mètres et d’une largeur d’ouverture sur la salle de 11 mètres, une fosse d’orchestre s’adosse.

L’équipe du théâtre propose chaque saison de nombreux spectacles, principalement des spectacles de variétés et d’humour. Sur cette scène passèrent entre autres : William Sheller, Guy Bedos, Jacques Higelin, Léo Ferré, Robert Charlebois, Gilbert Bécaud, Claude Nougaro, Serge Lama, Georges Moustaki, Raymond Devos, Bernard Lavilliers, Juliette Gréco, Anne Sylvestre, Etienne Daho, Zazie, Céline Dion Arthur H, Renaud...

TDB

Depuis 1988 le théâtre donne vie au Festival Morges-sous-rire.


Après les spectacles au théâtre Modador de Paris début 1990, puis une longue tournée dans la seconde partie de l’année, Barbara repart en novembre pour une tournée du 13 novembre à Angers au 4 décembre à Caluire et Cuire. Lundi 2 décembre, Barbara et ses hommes découvrent la salle du Théâtre de Beausobre à Morges. Cinq jours plus tôt , Michel Pétrucciani jouait sur cette scène. Accompagnée par Gérard Daguerre, Sergio Tomassi et Dominique Mahut, Barbara chante dès 20 h 30 devant une salle archi-comble.

Deux jour plus tard, dans le Journal de Genève, le journaliste René Zahnd revient sur cette soirée. "Et Barbara arpente la scène, s’abreuve des applaudissements, se couche sur le piano, esquisse des pas de danse dans cette chorégraphie qui n’appartient qu’à elle..."  "Comme si, souveraine, magnifique au sommet de son art, interprète exceptionnelle de ses déchirements et de se amours, elle était prêtresse d’un rite de possession dont le blason pourrait être cette image : elle, bras tendu vers le haut, poignet plié et tête rejetée en arrière, dans le cône d’une lumière venue des cintres du Théâtre, c’est à dire du ciel du spectacle. "



Février 1994

Montreux 1994

A l’est de Lausanne dans le canton de Vaud, bordant au nord le lac Léman, la ville de Montreux accueille le touriste.

Le 14 avril 1973, la ville de Montreux inaugure le Centre des Congrès de Montreux. Miles Davis donne un concert à cette occasion. L’ensemble comprend alors un hall d’accueil modulable.

L’architecte Pierre Steiner adjoint en 1981 au bâtiment initial une verrière donnant sur le lac.

En 1993 s’ouvre l’auditorium Stravinski crée par Pierre Steiner. Cette nouvelle salle de 1 600 m² reçoit jusqu’à 1 800 spectateurs assis ou 4000 debout. Lors de sa création cet espace habillé de bois de cerisier devait accueillir les concerts de musique classique grâce à la très haute qualité de son acoustique. Au fil des ans d’autres évènements occuperont la salle tels que le Montreux Jazz Festival, le Montreux Comedy Festival.

En souvenir de l’inauguration de 1973 et de ses passages à Montreux le grand hall prend le nom du jazzman.

Le centre des congrès de Montreux devient le 2M2C (Montreux Music & Convention centre) en 2006. Le 2M2C abrite des conférences, des congrès, des séminaires, des expositions...

2M2C

Cinq ans plus tard, débutent des travaux de rénovation à l’auditorium Stravinski. Puis en hommage au fondateur du Montreux Jazz Festival la voie donnant accès au lieu devient l’avenue Claude Nobs.

Une rénovation totale de la structure commence en 2024.


A la suite des spectacles donnés au Châtelet en 1993, Barbara entame une tournée en France, Belgique et Suisse. Entourée de ses musiciens, Gérard Daguerre, Jean-Louis Hennequin et Sergio Tomassi entre le 19 février une représentation au Summum de Grenoble et le 23 février au Palais des Sports de Saint Claude, Barbara découvre le cadre enchanteur de l’auditorium Stravinski de Montreux du 2m2c le mardi 22 février 1994.

Le rideau s’ouvre à 20 h 30 devant une salle comble.

La presse suisse par Le Nouveau quotidien et Le Journal de Genève dans leur éditions du 24 février relatent la soirée Barbara à Montreux. Le journal de Genève titre son article : Un soir de grâce et Le nouveau quotidien : L’amour Barbara.

Le journal de Genève : "Barbara est une femme magnifique… Elle nous conduit dans son alcôve peuplée de souvenirs, d’images et des parfums… Qu’elle dise tout bas sa tendresse, qu’elle fasse chanter le swing de ses mots ou qu’elle crie sa douleur, c’est une vague qui nous emporte… Personnage excentrique, elle varie à l’infini les registres de tons sans altérer sa force de conviction… Deux seules petites heures passées avec Barbara, c’est véritablement un privilège rare et le public de l’auditorium Stravinski ne s’y est pas trompé et a applaudi debout l’artiste lui déclarant "Ma plus belle histoire d’amour c’est vous." "

Le Nouveau quotidien : "Vous n’êtes pas star. Vous êtes reine… Il y avait chez vos amants d’un soir le poignant souvenir d’histoires déjà vues, entendues, et pourtant toujours recommencées… Mais vous chantez au présent : au temps des snipers, des noirceurs nationalistes, des pays éventrés par la violence, votre message n’a sans doute jamais été aussi juste, impressionnant et bouleversant… La vie, dit-on, ressemble à une balle perdue. Perdue, mais qu’il faut décider de vivre libre. Merci pour tant d’amour. Temps d’amour. Amours."


 




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