![]() |
Tournées en Italie
1966 à 1986 |
|
| Mars Avril 1966 Milan |
Février 1967 Milan |
Octobre Novembre 1967 Trieste, Milan, Turin |
Février Mars 1979 Milan |
Avril Mai 1986 |
![]() |
![]() |
![]() ![]() ![]() |
|
Gianni
et Angela Bongiovanni ouvrent à Milan , non loin du
l’hippodrome de San Siro au sous sol d'une villa de style art
nouveau au 84 via Monte Rosa un restaurant le Gi-Go en 1959. Trois
ans plus tard, le lieu devient le Intra's Derby Club, puis en 1964
changement de nom pour devenir le Derby Club, une discothèque, un
lieu avec des concerts de jazz, où écouter de la musique.
Petit à petit cette salle avant-gardiste meublée de façon originale accueille dès ses débuts les célébrités milanaises. Gianni et Angela Bongiovanni organisent des concerts. La renommée du Derby Club s’étend au-delà des frontières italiennes. La petite scène reçut Dario Fo, Ornella Vanoni, Charles Aznavour, Quincy Jones, John Coltrane... Après la mort du fondateur du Derby Club, le lieu périclite pour finalement fermer ses portes en 1985. Depuis le centre social Il cantiere occupe les lieux Pour la première fois, fin mars 1966, Barbara arrive en Italie pour chanter. Le photographe Tullio Farabola (1920-1983) réalise une série de clichés de la chanteuse. Tullio Farabola suit les traces de son père aussi photographe milanais. Après la seconde guerre mondiale il crée son agence de photos. Dans les années 50 et 60 il devient un personnage incontournable dans le monde de la photo de presse italienne. Il réalise des couvertures de magazines, des portraits de gens du monde de la culture et du spectacle. Le jour de son arrivée, le 26 mars 1966, au cours de l’après midi avant son premier spectacle, Barbara pose devant l’objectif de Tullio Farabola. Il réalise plusieurs clichés en extérieur sur le trottoir côté pair du 84 au 98 de la via Monte Rosa puis devant l'entrée de la station de métro Lotto (ligne 1 du métropolitain de Milan). Du samedi 26 mars au vendredi 1 avril 1966, chaque soir Barbara retrouvera la petite scène du Derby-Club. Ses musiciens Joss Baselli et Michel Gaudry l’accompagnent. Dix mois plus tard, Barbara retrouvera la scène du Teatro Piccolo en compagnie de Serge Reggiani. A la suite des spectacles donnés à Bobino du 14 décembre 1966 au 9 janvier 1967, Barbara et Serge Reggiani entament une tournée. La tournée débute à Bruxelles puis au Québec puis en Italie. Trois soirs, les 7, 9 et 12 février accompagnés par Michel Gaudry et Joss Baselli il s’installent sur la scène du Piccolo teatro. A 21 h 10 le rideau de la future salle Teatro Grassi s'ouvre.
En 1947 Giorgo Strelher (1921-1997), Paolo Grassi (1919-1981), Nina Vinchi (1911-2009) fondent le Piccolo Teatro dans l'ancien Palais Carmagnola. La salle de la via Rovello devient le Teatro Grassi. En 1986 la direction reprend la salle du Teatro Fossati (6 via Rivoli) de 406 places et devient le Studio Teatro Mariangelina Melato. Puis en 1998 s'ouvre une salle plus vaste Teatro Strehler conçue par Marco Zanuso de 892 places au 1 Largo Greppi. ![]() Un grand merci au personnel des archives du Piccolo Teatro de leur très aide précieuse
Au cours de son passage à Milan, Barbara rencontre la presse italienne. Elle accorde une interview à Alberto Ongaro (1925-2018), écrivain, journaliste scénariste pour le magazine Europeo. Ce magazine hebdomadaire parut de 1945 à 1995 et de 2001 à 2013. Chaque semaine la rédaction milanaise revient sur l’actualité et l’information apportant un soin particulier à la photographie un peu sur le modèle de Life aux USA. Le numéro 8 de la 23 ième année, imprimé à 230 000 exemplaires paraît jeudi 23 février 1967. La principale caractéristique de cette interview se trouve dans les mots, les propos de Barbara. Elle se livre comme jamais elle ne l’a fait et ne le fera face à un journaliste. "Mais tout ce que j’ai fait, je l’ai fait sciemment. Je savais jusqu’où pouvait me mener le métier que j’avais choisi, je savais également que cela pouvait finir mal mais je me sentais responsable de moi-même. J’étais disposée à en encourir les risques, j’étais prête à payer le prix du succès, sans toutefois l’avoir encore jamais obtenu... Non, je ne crois pas, que la chanson doit contenir un message. Je ne crois pas qu’il soit possible de changer le monde en chantant. Je ne dis pas qu’il n’est pas nécessaire de tenter de vouloir le changer. Mais pas avec la chanson. La chanson n’est pas un moyen naturel de contestation, elle n’est pas un fusil. C’est un fait intime, privé, une émotion profonde, un moment d’amour. Chaque chose peut être implicite mais ça doit être là, niché, caché dans les vers ou dans une phrase musicale, un secret significatif qui se révèle au public mais non à l’auteur. Du reste, une émotion racontée et chantée peut toucher les consciences individuelles et la sensibilité est d’une certaine manière plus pénétrante qu’un discours ou un programme... Mon grand malheur dans les rapports amoureux a été de refuser l’affection, l’amour tranquille, l’habitude et de vouloir au contraire à tout prix la passion. J’ai toujours su parfaitement que la passion est ce qui dur le moins dans la passion amoureuse mais je n’ai jamais réussi à concevoir l’amour sans passion, ainsi ai-je souffert de ne plus aimer comme j’ai souffert de ne plus être aimée. J’ai toujours connu toute la mécanique, la parabole de la passion qui naît et qui meurt mais je n’ai jamais réussi à la dominer... Moi j’aime vraiment mon public. Et pour des raisons que je ne juge pas conventionnelles. Voyez, moi durant de nombreuses années je me suis détestée, je ne me plaisais pas, mon visage ne me plaisait pas, rien en moi ne me plaisait. Je ne sais pas si c’est à tort ou à raison, cette insatisfaction m’a fait souffrir pendant longtemps. Puis d’un coup je me suis aperçue que je plaisais au public non seulement pour ma voix mais aussi pour ce que j’étais, pour mon visage, pour ma façon de me mouvoir, pour, en somme, toutes les raisons pour lesquelles je me détestais... Moi je me fiche de paraître conventionnelle, je le répète, le public a été mon amour le plus grand, plus grand que l’amour que j’ai eu pour les hommes qui m’ont aimée et que j’ai aimés. Je suis très reconnaissante à leur égard mais beaucoup plus encore à l’égard de mon public. Même dans les moments durant lesquels j’ai été amoureuse, si j’avais dû choisir entre le public et l’homme que j’aimais, j’aurais choisi le public... L’idée de vieillir m’angoisse. Et c’est l’une des innombrables choses que je n’ai pas réussi à accepter. Dans mes rapports avec la réalité c’est le refus le plus radical, le plus obstiné et le plus insurmontable, j’y pense sans arrêt. J’ai cherché à apprivoiser l’idée de la vieillesse mais je ne suis pas parvenue. A l’heure actuelle, je n’essaie même plus... Je sais que ma conception de l’existence est hédoniste et que l’hédonisme est condamné depuis bien longtemps. Mais de toute façon nous sommes tous condamnés. Aussi est-il mieux de choisir le moment de notre condamnation…" Alberto Ongaro
conclut l’article ainsi : On assiste à une totale identification entre Barbara et ses chansons. Entre la chanteuse et les rares personnages mystérieux de ses chansons, il s’agit d’une identification à rebours. Ce sont les thèmes, les vers, la musique et les personnages des chansons qui s’identifie à elle et non l’inverse. Barbara s’expose davantage qu’elle ne porte ses chansons sur scène. Et quand elle descend de la scène pour se réfugier dans sa loge, ce n’est pas le récital qui continue mais sa vie avec le même rythme et le même langage qu’elle utilise sur scène… Son répertoire est un nouveau genre de chansons intimes et informelles comme une confession murmurée qui arrive par bribes jusqu’au public. Elle ne bouge presque pas, en un peu plus d’une heure ses seuls mouvements sont ceux qui l’amènent des coulisses au piano et du piano aux coulisses. Pourtant le spectacle est là. Et quel spectacle !" La tournée continue par deux soirées, les 14 et 15 février au Théâtre du Gymnase à Marseille.Pour la troisième fois, Barbara chante en Italie. Cette fois, elle revient pour une tournée qui la conduira du 20 octobre au 7 novembre dans partie nord du pays en trois villes. Roland Romanelli et Michel Gaudry l’accompagneront chaque soir. La tournée suit un passage du 7 au 14 octobre au cabaret L’Échelle de Jacob à la demande de Jacques Brel. Les spectacles débutent par deux soirs consécutifs, les 20 et 21 octobre à Trieste dans la province de Frioul Vénétie Julienne. Face au théâtre romain, de l'autre côté de la Via Bandenase se dresse un bâtiment austère, siège de la Préfecture de Police. Mussolini posa la première pierre de l'édifice en 1938. Cette bâtisse abrite aussi un auditorium. Cette salle demeurera jusqu'en 1980 celle du Teatro Stabile du Frioul Vénétie Julienne. En 1985, la salle devenue vétuste ferme ses portes. Depuis 2000 plusieurs projets de réhabilitation se suivent sans jamais aboutir.
Puis
Barbara et ses hommes s'installent à Milan, capitale de l'état de
Lombardie. Ils retrouvent la scène du Piccolo teatro. Le programme prévoit quinze représentations au Piccolo Teatro, du 22 octobre au 5 novembre, relâche le 2 novembre, puis un dernier soir mardi 7 novembre. Les spectacles commencent à 21 h 10 dans la future salle Teatro Grassi. Pour une soirée unique, Barbara rejoindra la capitale du Piémont Turin, lundi 6 novembre. Le Folk club italien et l'union culturelle de Milan organisent cette soirée au Teatro Vittorio Alfieri, 4 Piazza Solferino. Les architectes Lorenzo (1771-1847) et de son fils Barnaba Panizza (1806-1895) établirent les plans de ce théâtre inauguré en 1855. Avec plus de 2 000 sièges, il demeure le second plus grand théâtre de Turin. Dans son histoire plusieurs incendies détruisent la salle. A chaque fois le lieu renaît de ses cendres jusque durant la second guerre mondiale où des bombes l’endommage. En 2022 l'équipe dirigeante procède à une importante rénovation du théâtre.
Le spectacle débute à 21 h 15. Le public milanais lui offre une ovation. En sortie de scène, le journaliste Piero Perona pour la Stampa Sera obtient une rapide interview de la chanteuse. ![]()
-
En France, la chanson est dans le quotidien et je suis sûre qu’elle
peut suggérer quelque chose avec un rythme à peine évoqué, avec
les paroles de nos chanteurs aussi en Italie, la danse, une façon de
s'amuser. Je suis donc surprise d'avoir un public nombreux à mes
spectacles. L'interview paraîtra dans l'édition du 7 novembre de la Stampa Sera de Turin. Un article paru dans l’édition du 7 novembre de la Stampa relate la soirée de cette quasi inconnue de l’autre côté des Alpes.
" Elle s'appelle Barbara, elle est française, elle avoue avoir 37 ans et elle a commencé à chanter à vingt ans. Quand on la rencontre dans la rue, elle ressemble à n'importe quelle autre femme, même très maigre, avec un visage irrégulier et des cheveux courts. Si les lunettes qu'elle porte étaient noires, et parfois elles le sont, on penserait à Garbo. Ainsi, elle a des airs de secrétaire d’entreprise, d’intellectuelle. Mais sur scène, comme hier soir à l'Alfieri, ses mains osseuses sur le clavier, un rayon de lumière sur son profil tordu, dans une longue robe noire, c'est une autre femme, même très belle pour celles qui se laissent prendre au piège. - et ce n'est pas facile d'échapper - à ces yeux brillants aux formes oblongues, à ces mouvements nerveux et irréfléchis. Si les yeux ne suffisent pas, il y a la voix : douce et dure, douce et violente, précipitée et martelante, tout à la fois. Barbara est raffinée, mais sans attitudes intellectualistes, au contraire, avec une très légère ombre de sophistication. Elle affirme que ses chansons ne contiennent pas de message et n’ont pas pour intention de le faire. Mais il est vrai aussi qu’elle est une chanteuse loin de toute mode. Et c'est là sa force : les modes passent, Barbara reste... Hier soir, Barbara a fait
quelque chose d'intéressant pour les spectateurs turinois : elle a
expliqué, non sans humour, le contenu de certaines chansons
(Certaines étaient même des petites histoires, comme L'amoureuse il
la quitte, la tue et se laisse mourir d'amour à côté de lui). Le
grand public lui en était particulièrement reconnaissant. Vraiment
une réussite." A la suite de l'interview elle monte dans la voiture la ramenant à Milan avec l'équipe du Piccolo Teatro. Ce soir, exceptionnellement, elle ne rencontrera pas son public après le spectacle. Au cours du trajet de retour vers Milan, le directeur du Piccolo Teatro lui annonce la mort soudaine de sa mère dans l'après midi. Barbara s'effondre de chagrin. En fin d'après midi, un appel téléphonique depuis Paris annonçait la triste nouvelle. Le lendemain, morte de chagrin, Barbara regagne par avion Paris. La dernière soirée de la tournée prévue mardi 7 novembre au Piccolo Teatro n'aura pas lieu. Rédaction à venir Rédaction à venir
|
||
|
|